Analyse : Les deux Chiens et l’Âne mort
Résumé
Cette fable illustre l'aveuglement de la cupidité à travers deux chiens qui découvrent un âne mort flottant au loin. Pour l'atteindre, ils décident de boire toute l'eau qui les en sépare, projet absurde qui les mène à la mort. La Fontaine établit un parallèle avec les hommes qui, aveuglés par leurs désirs de richesse ou de gloire, se lancent dans des entreprises impossibles. La fable s'ouvre sur une réflexion morale sur la nature des vices et des vertus, montrant comment la cupidité révèle la sottise.
La morale
La morale dénonce l'aveuglement causé par la cupidité et l'ambition démesurée. La Fontaine montre que "quand un sujet enflamme" l'homme, celui-ci perd tout sens des réalités et se lance dans des projets impossibles. Les désirs humains sont comparés à "la mer à boire", métaphore de l'impossible. L'auteur critique cette tendance humaine à vouloir tout posséder sans mesurer ses limites : richesses, connaissances, gloire. Cette insatiabilité mène à l'échec, voire à la destruction. La fable enseigne la nécessité de la mesure et du réalisme face à nos ambitions, rappelant que "rien à l'homme ne suffit" et qu'il faut savoir accepter nos limites.
Les personnages
- Les deux chiens — Représentent l'humanité aveuglée par la cupidité, capable de fidélité mais aussi de sottise fatale
- L'âne mort — Symbolise l'objet du désir, le but inaccessible qui pousse à l'action irréfléchie et destructrice
Figures de style
- Métaphore : « Tout cela, c'est la mer à boire » — Compare les projets humains impossibles à l'acte irréalisable de boire la mer entière
- Personnification : « L'impossibilité disparaît à son âme » — L'impossibilité devient un être capable de disparaître, soulignant l'aveuglement humain
- Antithèse : « L'un est vaillant, mais prompt ; l'autre est prudent, mais froid » — Opposition entre qualités et défauts pour montrer l'imperfection de la nature humaine
- Hyperbole : « Il faudrait quatre corps ; encore, loin d'y suffire » — Exagération qui souligne l'démesure des ambitions humaines et leur caractère irréalisable
Contexte historique
Écrite au XVIIe siècle sous Louis XIV, cette fable reflète les critiques sociales de La Fontaine envers l'ambition démesurée de son époque. La société de Versailles valorisait la recherche de gloire et d'enrichissement, souvent au détriment du bon sens. La Fontaine, influencé par la philosophie morale antique et la tradition ésopique, utilise l'apologue pour critiquer discrètement les travers de ses contemporains, notamment l'avidité des courtisans et la soif de pouvoir des puissants.
À retenir
- La cupidité aveugle le jugement et mène à la destruction
- Les ambitions démesurées sont comparées à des tâches impossibles comme "boire la mer"
- La fable critique l'insatiabilité humaine face aux richesses, au savoir et à la gloire
- L'ouverture philosophique sur vices et vertus annonce une réflexion morale profonde