Analyse : Le Rat de ville et le Rat des champs

Résumé

Un rat de ville invite son cousin des champs à un festin somptueux servi sur un tapis de Turquie avec des mets raffinés. Alors qu'ils savourent le repas, un bruit les fait détaler précipitamment. Une fois le danger passé, le rat urbain propose de reprendre le festin, mais le rat campagnard refuse poliment. Il préfère retourner à sa vie simple où il peut manger tranquillement, sans crainte d'être dérangé, et invite son cousin à venir chez lui le lendemain.

La morale

La fable illustre l'opposition entre deux modes de vie : le luxe accompagné d'insécurité contre la simplicité dans la tranquillité. La Fontaine démontre que le bonheur ne réside pas dans l'abondance matérielle si celle-ci s'accompagne d'angoisse permanente. Le rat des champs incarne la sagesse en choisissant la sérénité plutôt que l'opulence précaire. Cette leçon s'adresse particulièrement aux lecteurs tentés par les fastes de la cour ou de la ville, leur rappelant que la paix de l'esprit vaut tous les trésors du monde. La vraie richesse consiste à pouvoir jouir paisiblement de ce que l'on possède.

Les personnages

  • Rat de ville — Représente la bourgeoisie urbaine et les courtisans, vivant dans le luxe mais dans l'insécurité constante
  • Rat des champs — Incarne la sagesse rurale, la simplicité heureuse et l'indépendance face aux tentations matérielles

Figures de style

  • Métonymie : « reliefs d'Ortolans » — Les restes du mets délicat désignent par extension tout le raffinement culinaire urbain
  • Périphrase : « le Rustique » — Désigne le rat des champs en soulignant ses origines rurales par opposition au citadin
  • Hyperbole : « festins de Roi » — Exagère la qualité des repas urbains pour mieux contraster avec la frugalité champêtre
  • Antithèse : « plaisir / crainte » — Opposition finale qui résume tout le conflit entre jouissance matérielle et sérénité spirituelle

Contexte historique

Écrite au XVIIe siècle sous Louis XIV, cette fable reflète les tensions sociales de l'époque entre cour et province. La Fontaine, proche des milieux provinciaux, critique subtilement les fastes versaillais et leurs dangers. L'opposition ville-campagne traverse alors la littérature française, questionnant les valeurs d'une société en mutation. Cette fable puise dans la tradition ésopique tout en s'adaptant aux préoccupations contemporaines sur le mode de vie à adopter dans une monarchie absolue centralisée.

À retenir

  • La tranquillité vaut mieux que l'opulence précaire
  • Critique subtile des fastes de la cour et de la ville au XVIIe siècle
  • Éloge de la vie simple et indépendante face aux tentations matérielles
  • Adaptation moderne du thème antique de l'opposition entre deux modes de vie