Analyse : La Besace
Résumé
Jupiter convoque tous les êtres vivants pour qu'ils expriment leurs griefs sur leur apparence. Chaque animal interrogé se montre satisfait de lui-même mais critique sévèrement les autres : le Singe moque l'Ours, l'Ours dénigre l'Éléphant, l'Éléphant juge la Baleine trop grosse, la Fourmi trouve le Ciron trop petit. Jupiter renvoie tous ces vaniteux. La Fontaine conclut que les humains surpassent tous les animaux dans ce défaut : ils sont perspicaces pour juger autrui mais aveugles sur leurs propres travers.
La morale
La morale révèle l'hypocrisie fondamentale de la nature humaine : nous sommes « Lynx envers nos pareils, et Taupes envers nous ». Cette métaphore souligne notre capacité à déceler les moindres défauts chez les autres tout en restant aveugles aux nôtres. La métaphore finale de la besace illustre parfaitement cette leçon : nous portons deux poches, celle de devant contenant les défauts d'autrui (toujours visibles), celle de derrière nos propres défauts (invisibles à nos yeux). Cette fable dénonce l'indulgence excessive envers soi-même et la sévérité injuste envers autrui, défaut universel qui traverse les époques.
Les personnages
- Jupiter — L'autorité divine qui juge la vanité universelle
- Le Singe — La satisfaction de soi malgré l'évidente laideur
- L'Ours — La grossièreté qui se croit raffinée
- L'Éléphant — La sagesse apparente corrompue par l'orgueil
- La Baleine — L'excès critiqué par plus petit que soi
- La Fourmi — La prétention démesurée des êtres insignifiants
- Le Ciron — L'infiniment petit méprisé par tous
Figures de style
- Métaphore : « Lynx envers nos pareils, et Taupes envers nous » — Contraste saisissant entre l'acuité visuelle du lynx et la cécité de la taupe pour illustrer nos jugements contradictoires
- Allégorie : « La besace avec ses deux poches » — Image concrète représentant abstraitement notre façon de percevoir les défauts selon qu'ils nous appartiennent ou non
- Ironie : « Tout sage qu'il était, dit des choses pareilles » — Souligne la contradiction entre la réputation de sagesse de l'éléphant et son comportement vaniteux
- Gradation : « Du Singe à l'Éléphant puis aux humains » — Progression dans l'échelle des êtres pour montrer l'universalité du défaut, culminant avec l'homme
- Antithèse : « Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes » — Opposition brutale qui résume la contradiction fondamentale de notre comportement moral
Contexte historique
Écrite au XVIIe siècle, cette fable reflète la société de cour où La Fontaine évoluait. L'observation des comportements humains à Versailles, les jeux de pouvoir, les flatteries et médisances nourrissent cette critique sociale. La référence à Jupiter s'inscrit dans la tradition littéraire classique utilisant la mythologie antique. Cette époque de moralistes français (La Rochefoucauld, La Bruyère) partage cette analyse pessimiste de la nature humaine, particulièrement de l'amour-propre et de l'aveuglement sur soi.
À retenir
- L'aveuglement sur nos propres défauts est un trait universel de la nature humaine
- La métaphore de la besace illustre magistralement notre hypocrisie morale quotidienne
- La progression du règne animal vers l'homme montre que nous excellons dans ce travers
- Cette fable reste d'une actualité saisissante dans nos rapports sociaux contemporains