Analyse : Tribut envoyé par les animaux à Alexandre
Résumé
Les animaux, apprenant qu'Alexandre le Grand exige la soumission de tous, décident d'envoyer un tribut d'or porté par une délégation menée par le Singe. En chemin, le Lion se joint au groupe en prétextant les protéger, puis demande à porter une partie du trésor. Arrivé dans un pré, il feint la maladie, réclame l'argent et s'en empare en prétendant que les pièces ont fait des petits qui lui appartiennent. Les animaux spoliés se plaignent à Alexandre, mais n'obtiennent aucune justice car les puissants se protègent entre eux.
La morale
Cette fable dénonce l'hypocrisie et l'impunité des puissants. La Fontaine illustre comment les dominants utilisent des prétextes fallacieux pour s'approprier les biens d'autrui. Le Lion incarne le noble ou le courtisan qui abuse de sa position sociale pour spolier les plus faibles, tandis qu'Alexandre représente le pouvoir royal complice. La morale finale 'Corsaires à Corsaires, L'un l'autre s'attaquant, ne font pas leurs affaires' révèle que les puissants forment une caste solidaire qui se protège mutuellement. La fable critique ainsi un système judiciaire à deux vitesses où les humbles n'ont aucun recours face aux abus des grands, thème récurrent sous l'Ancien Régime.
Les personnages
- Alexandre — Le pouvoir royal absolu, le conquérant tyrannique qui exige la soumission universelle
- Le Lion — Le noble ou courtisan cupide qui abuse de son rang pour spolier les faibles
- Le Singe — L'ambassadeur naïf, représentant du peuple face aux puissants
- Le Mulet, l'Âne, le Cheval, le Chameau — Le peuple laborieux, les bêtes de somme exploitées par les dominants
- La Renommée — La propagande du pouvoir, qui répand la terreur par ses proclamations
Figures de style
- Allégorie : « Toute la fable représente les relations de pouvoir sous l'Ancien Régime » — Les animaux symbolisent les différentes classes sociales et leurs rapports de domination
- Ironie : « Que de filles, ô Dieux, mes pièces de monnaie / Ont produites ! » — La Fontaine raille la malhonnêteté du Lion par cette excuse grotesque de reproduction monétaire
- Métonymie : « La Déesse aux cent bouches » — Les cent bouches désignent la Renommée par ses attributs, soulignant la propagation rapide des nouvelles
- Proverbe : « Corsaires à Corsaires, / L'un l'autre s'attaquant, ne font pas leurs affaires » — La Fontaine conclut par une sentence populaire qui résume la complicité entre puissants
- Périphrase : « fils de Jupiter » — Désigne Alexandre en rappelant ses prétentions divines, soulignant son orgueil démesuré
Contexte historique
Écrite sous Louis XIV, cette fable reflète les critiques contre l'absolutisme royal et les abus de la noblesse. Alexandre évoque les conquêtes du Roi-Soleil, tandis que le Lion représente les courtisans parasites de Versailles. La Fontaine, protégé par Fouquet puis Madame de La Sablière, peut critiquer indirectement le régime. L'absence de justice pour les faibles correspond aux inégalités criantes de l'Ancien Régime, où noblesse et clergé jouissent de privilèges judiciaires. La fable s'inscrit dans la tradition moraliste française dénonçant la corruption du pouvoir.
À retenir
- Critique de l'absolutisme et des privilèges nobiliaires sous couvert d'une fable antique
- Dénonciation de l'impunité des puissants et de la solidarité entre dominants
- Illustration de l'exploitation du peuple par les classes dirigeantes
- Usage de l'allégorie animale pour contourner la censure royale