Analyse : Testament expliqué par Ésope

Résumé

Un père lègue ses biens à ses trois filles aux caractères opposés (buveuse, coquette, avare), avec une clause énigmatique : elles devront payer leur mère quand elles ne posséderont plus leur part. Les avocats, perplexes, conseillent un partage selon les goûts de chacune. Ésope intervient et propose l'inverse : donner à chaque sœur ce qui ne lui convient pas, les forçant ainsi à vendre pour se marier et pouvoir payer leur mère, respectant ainsi la volonté paternelle.

La morale

Cette fable illustre la supériorité de la sagesse individuelle sur l'intelligence collective mal orientée. La Fontaine démontre que la véritable compréhension nécessite de dépasser les apparences et les solutions faciles. Les juristes, malgré leur expertise, échouent car ils cherchent le confort immédiat plutôt que la logique profonde. Ésope révèle que le père voulait responsabiliser ses filles en les contraignant à abandonner leurs vices pour fonder une famille. La morale enseigne qu'il faut parfois accepter l'inconfort temporaire pour atteindre un objectif supérieur, et que la vraie sagesse consiste à comprendre les intentions cachées derrière les actes.

Les personnages

  • Ésope — La sagesse authentique et la perspicacité qui perce les mystères
  • Le père défunt — La prévoyance parentale et l'éducation par la contrainte bienveillante
  • La fille buveuse — L'intempérance et les plaisirs excessifs
  • La fille coquette — La vanité et la superficialité
  • La fille avare — L'avarice et l'attachement matériel
  • Les avocats — Le savoir théorique inefficace face à la vraie compréhension
  • Le peuple athénien — L'opinion commune qui manque de discernement

Figures de style

  • Périphrase : « les trois femelles » — Désigne les trois sœurs avec une nuance péjorative qui souligne leur comportement instinctuel
  • Énumération : « Les buffets dressés sous la treille, La vaisselle d'argent, les cuvettes, les brocs » — Accumule les objets pour montrer l'abondance et caractériser chaque mode de vie
  • Métonymie : « L'attirail de la goinfrerie » — Remplace les objets par le vice qu'ils représentent, synthétisant le caractère de chaque fille
  • Antithèse : « un lot contre son gré / Rien qui pût être convenable » — Oppose la solution d'Ésope à celle des juristes pour souligner la différence d'approche
  • Hyperbole : « En cent et cent mille manières » — Exagère les efforts des avocats pour mieux souligner leur échec final

Contexte historique

Cette fable s'inscrit dans la tradition des récits attribués à Ésope, fabuliste grec du VIe siècle av. J.-C. La Fontaine utilise l'Athènes antique, symbole de sagesse et de démocratie, pour critiquer paradoxalement l'inefficacité des institutions et de la sagesse collective. L'Aréopage, tribunal athénien prestigieux, sert de référence pour magnifier la sagesse d'Ésope. Le contexte juridique du testament reflète les préoccupations du XVIIe siècle français concernant les héritages et la condition féminine.

À retenir

  • La vraie sagesse consiste à comprendre les intentions profondes au-delà des apparences
  • L'expertise technique ne remplace pas l'intelligence intuitive et la perspicacité
  • Parfois, la contrainte et l'inconfort temporaire servent un but éducatif supérieur
  • Un individu perspicace peut surpasser une multitude dans la résolution de problèmes complexes