Analyse : Simonide préservé par les Dieux

Résumé

Simonide, poète grec, doit composer l'éloge d'un athlète médiocre. Faute de matière, il consacre les deux tiers de son œuvre à louer Castor et Pollux. L'athlète, mécontent, ne paie qu'un tiers du prix convenu, suggérant ironiquement que les dieux paient le reste. Il invite néanmoins Simonide à souper. Pendant le repas, Castor et Pollux apparaissent, remercient le poète et l'avertissent de fuir. Simonide sort et la maison s'effondre, tuant et blessant les convives. Cette intervention divine établit définitivement la réputation du poète.

La morale

La Fontaine développe une triple leçon. D'abord, il faut toujours honorer les dieux, les puissants et les femmes aimées, car ils peuvent récompenser ou punir. Ensuite, la poésie mérite respect et juste rémunération : l'art n'est pas une activité vile mais noble, digne d'être rétribuée. Enfin, les grands font honneur en protégeant les artistes. L'anecdote illustre la justice divine qui venge l'artiste méprisé. La fable défend ainsi la dignité du métier poétique à une époque où les écrivains dépendent du mécénat. La Fontaine revendique subtilement une reconnaissance sociale et financière pour les créateurs.

Les personnages

  • Simonide — Le poète professionnel, représentant l'artiste dépendant du mécénat et revendiquant sa dignité
  • L'athlète — Le mécène ingrat et mesquin qui méprise l'art tout en voulant en bénéficier
  • Castor et Pollux — La justice divine qui protège et récompense ceux qui honorent les dieux
  • Les convives — Les complices du mépris envers l'art, justement châtiés

Figures de style

  • Ironie : « Faites-vous contenter par ce couple céleste » — L'athlète se moque en suggérant que les dieux paient, sans savoir qu'ils le feront vraiment
  • Euphémisme : « N'en fait pas moins aux Échansons » — Expression atténuée pour dire que les serveurs furent écrasés et tués
  • Métonymie : « l'Olympe et le Parnasse / Étaient frères » — Les lieux désignent respectivement les dieux et les poètes
  • Périphrase : « le couple céleste » — Désignation élégante de Castor et Pollux
  • Gradation : « brise plats et flacons, / N'en fait pas moins aux Échansons » — Progression des dégâts matériels aux victimes humaines

Contexte historique

Cette fable s'inspire d'une anecdote rapportée par Cicéron sur le poète grec Simonide de Céos (VIe siècle av. J.-C.). La Fontaine l'adapte pour défendre la condition des écrivains de son époque, entièrement dépendants des pensions royales et du mécénat aristocratique. Au XVIIe siècle, les auteurs luttent pour la reconnaissance sociale de leur art, souvent considéré comme un simple divertissement. La référence à Malherbe, poète officiel admiré, renforce cette revendication de dignité littéraire.

À retenir

  • Défense de la dignité du métier poétique et revendication d'une juste rémunération
  • Justice divine qui protège les artistes contre l'ingratitude des mécènes
  • Triple règle de prudence : toujours louer les dieux, son roi et sa maîtresse
  • Alliance traditionnelle entre inspiration divine et création poétique