Analyse : Philémon et Baucis
Résumé
La Fontaine transpose le mythe d'Ovide en éloge de la simplicité. Philémon et Baucis, vieux couple modeste, accueillent généreusement Jupiter et Mercure déguisés en pèlerins, contrairement aux habitants du bourg qui refusent l'hospitalité. Les dieux punissent ces derniers par un déluge et transforment la cabane en temple. Le couple devient gardien du lieu sacré, puis se métamorphose simultanément en arbres (tilleul et chêne) pour ne jamais se séparer, symboles éternels d'amour conjugal.
La morale
La fable développe une philosophie épicurienne prônant la simplicité contre les vanités du monde. La vraie richesse réside dans la paix intérieure, l'amour authentique et la générosité désintéressée. L'hospitalité de Philémon et Baucis, offrant le peu qu'ils possèdent avec le cœur, s'oppose à l'égoïsme des riches qui ferment leurs demeures. La Fontaine critique l'avarice et l'orgueil des puissants, montrant que les humbles accèdent plus facilement au bonheur et à l'immortalité. La métamorphose finale consacre leur amour éternel, récompensant leurs vertus par une union perpétuelle dans la nature.
Les personnages
- Philémon — Incarnation de l'hospitalité et de la sagesse populaire, représente l'homme simple mais généreux
- Baucis — Complémentaire de son époux, symbolise la fidélité conjugale et l'amour durable qui transcende le temps
- Jupiter — Justice divine qui récompense la vertu et punit l'inhospitalité, arbitre moral du récit
- Mercure — Messager divin qui accompagne Jupiter dans son jugement des hommes
Figures de style
- Allégorie : « L'or ni la grandeur ne nous rendent heureux / Ces deux Divinités » — Personnification de l'or et de la grandeur comme divinités trompeuses, développant la thèse philosophique
- Métaphore mythologique : « Véritables Vautours que le fils de Japet / Représente enchaîné sur son triste sommet » — Référence à Prométhée pour illustrer les tourments causés par l'ambition et l'orgueil
- Périphrase : « le fils de Jupiter, le Dieu de l'Éloquence » — Désignation noble de Mercure qui élève le style et maintient la dimension épique
- Antithèse : « Mille logis y sont, un seul ne s'ouvre aux Dieux » — Opposition saisissante entre l'égoïsme général et la générosité exceptionnelle du couple
- Hypallage : « C'est le soir d'un beau jour » — Métaphore poétique de la mort paisible, transférant la beauté du jour à son terme
Contexte historique
Cette fable s'inscrit dans la tradition de la poésie héroïque du Grand Siècle, époque où La Fontaine cherche la protection des grands mécènes comme le duc de Vendôme (mentionné en fin de texte). L'œuvre reflète l'influence des Métamorphoses d'Ovide, très prisées à l'époque classique, et s'intègre dans la querelle entre Anciens et Modernes. La référence finale à Anet (château du duc) témoigne de la nécessité pour les poètes de trouver des protecteurs aristocratiques.
À retenir
- Adaptation libre d'Ovide mêlant récit mythologique et philosophie morale
- Éloge de la simplicité et critique des valeurs aristocratiques par le détour de la fable antique
- Métamorphose finale transformant l'amour humain en symbole naturel éternel
- Structure complexe alternant narration, dialogue et réflexions philosophiques, caractéristique du style tardif de La Fontaine