Analyse : Les Voleurs et l’Âne

Résumé

Deux voleurs se disputent un âne volé : l'un souhaite le garder, l'autre le vendre. Pendant qu'ils se battent, un troisième larron arrive et s'empare de l'animal. La Fontaine transpose cette situation à l'échelle géopolitique : l'âne représente une province convoitée, les voleurs symbolisent différents princes ou nations (Transylvanie, Turquie, Hongrie) qui se disputent un territoire. Tandis qu'ils s'affrontent, un quatrième conquérant profite de leurs querelles pour s'emparer du territoire disputé.

La morale

Cette fable illustre un principe stratégique universel : quand plusieurs parties se disputent un bien, c'est souvent un tiers qui en profite. La discorde entre rivaux ouvre la voie à l'opportunisme d'un acteur externe plus habile ou mieux placé. Dans le contexte géopolitique, La Fontaine montre que les guerres entre princes pour contrôler une province affaiblissent tous les belligérants et permettent à une puissance extérieure de s'imposer sans effort. La morale met en garde contre les conflits stériles qui profitent toujours à celui qui reste en retrait et sait saisir le moment opportun pour agir.

Les personnages

  • Premier voleur — Prince ou nation convoitant un territoire pour l'exploiter directement
  • Deuxième voleur — Prince ou nation souhaitant tirer profit économique du territoire
  • Troisième larron — Opportuniste qui profite des conflits d'autrui pour s'enrichir
  • L'Âne/Maître Aliboron — Province ou territoire convoité, victime des ambitions politiques
  • Le quatrième voleur — Puissance émergente qui tire parti des divisions entre rivaux

Figures de style

  • Métaphore filée : « L'Âne c'est quelquefois une pauvre Province » — La comparaison entre l'âne et la province structure toute la fable
  • Personnification : « Maître Aliboron » — L'âne reçoit un titre qui lui confère une dignité ironique
  • Métonymie : « coups de poing trottaient » — Les coups représentent la violence du combat par synecdoque
  • Énumération : « le Transylvain, le Turc, et le Hongrois » — Liste des puissances rivales de l'époque de La Fontaine
  • Ironie : « qui les accorde net » — L'accord se fait par la spoliation, non par la négociation

Contexte historique

Cette fable fait écho aux conflits du XVIIe siècle en Europe orientale, notamment les guerres ottomanes et les rivalités autour des territoires hongrois et transylvains. L'Empire ottoman, l'Autriche et diverses principautés se disputaient ces régions stratégiques. La Fontaine observe que ces conflits prolongés affaiblissent tous les protagonistes et permettent l'émergence de nouveaux acteurs. Cette situation géopolitique était familière à ses contemporains, confrontés aux guerres de succession et aux recompositions territoriales permanentes.

À retenir

  • La discorde entre rivaux profite toujours à un tiers opportuniste
  • Les conflits prolongés affaiblissent tous les belligérants sans exception
  • La fable transpose une situation trivole en leçon géopolitique universelle
  • L'ironie de La Fontaine souligne l'absurdité des guerres de conquête