Analyse : Les Souhaits
Résumé
Un follet au Mogol entretient parfaitement le jardin d'un bourgeois. Contraint de partir en Norvège par ses supérieurs, il offre trois souhaits à ses maîtres. Ceux-ci demandent d'abord l'abondance, qui leur apporte tant de richesses qu'ils deviennent malheureux : voleurs, créanciers et prince les harcèlent. Leur second souhait annule le premier en réclamant la médiocrité. Revenus à leur état initial, ils utilisent leur dernier voeu pour demander la sagesse, seul trésor qui ne cause aucun embarras.
La morale
La Fontaine dénonce l'illusion des désirs humains et prône la modération. L'abondance matérielle, rêve universel, se révèle source de tourments : elle attire les convoitises, complique l'existence et détruit la tranquillité. La pauvreté relative vaut mieux que les soucis de la richesse excessive. La médiocrité, présentée comme une déesse, incarne l'équilibre et le bonheur véritable. Seule la sagesse constitue un bien authentique car elle enrichit sans encombrer. La fable critique également la tendance humaine à rêver plutôt qu'agir, perdant du temps en chimères au lieu de s'occuper utilement de ses affaires présentes.
Les personnages
- Le follet — La providence bienveillante et la magie qui révèle les vraies aspirations humaines
- Le bourgeois et sa femme — L'humanité moyenne face aux tentations matérielles et à la recherche du bonheur
- L'Abondance — Les richesses matérielles trompeuses qui promettent le bonheur mais apportent les soucis
- La Médiocrité — L'équilibre et la mesure, véritable source de contentement et de paix
- La Sagesse — Le seul bien véritable, qui enrichit l'âme sans créer d'embarras matériels
Figures de style
- Personnification : « Ô médiocrité, reviens vite » — La médiocrité et l'abondance deviennent des déesses qu'on invoque, soulignant leur importance symbolique
- Hyperbole : « Tout en crève » — Exagération qui montre l'excès ridicule de l'abondance demandée par les époux
- Métaphore : « perdent en chimères Le temps qu'ils feraient mieux de mettre à leurs affaires » — Les rêves vains sont comparés à des illusions qui font perdre le temps utile
- Antithèse : « heureux les indigents ! La pauvreté vaut mieux qu'une telle richesse » — Opposition paradoxale qui révèle que le bonheur ne dépend pas des biens matériels
- Ironie dramatique : « Le follet en rit avec eux » — L'esprit s'amuse de la naïveté humaine qui gaspille deux souhaits pour revenir au point de départ
Contexte historique
Cette fable du second recueil (1678-1679) reflète la philosophie morale du Grand Siècle. L'exotisme du Mogol et du Gange répond au goût de l'époque pour l'orientalisme. La critique de la richesse excessive résonne dans une société où l'enrichissement de la bourgeoisie inquiète. L'éloge de la médiocrité s'inscrit dans la tradition aristotélicienne du juste milieu, chère aux moralistes classiques comme La Bruyère. La sagesse finale évoque l'idéal philosophique antique.
À retenir
- La richesse excessive apporte plus de malheurs que de bonheurs véritables
- La médiocrité et la mesure constituent les fondements d'une vie équilibrée
- Il vaut mieux agir concrètement que de perdre son temps en rêveries vaines
- La sagesse est le seul bien qui enrichit sans jamais embarrasser son possesseur