Analyse : Les Devineresses
Résumé
Une femme parisienne se fait passer pour devineresse et attire une clientèle variée venue consulter l'oracle sur tous les sujets. Grâce à son adresse et au hasard, elle prospère et s'enrichit. Quand elle déménage dans une maison bourgeoise, sa remplaçante dans le galetas hérite automatiquement de sa réputation, malgré ses protestations d'ignorance. L'apparence misérable du lieu renforce paradoxalement la crédibilité. La Fontaine illustre ainsi comment l'opinion publique se forme sur des bases irrationnelles et comment les apparences créent la réputation.
La morale
La Fontaine dénonce l'irrationalité de l'opinion publique qui se fonde sur le hasard, les préjugés et les apparences plutôt que sur la vérité. La réussite ne dépend pas de la compétence réelle mais de la capacité à exploiter les croyances populaires. L'aspect misérable du galetas renforce paradoxalement la crédibilité des devineresses, car le public associe authenticité et pauvreté. Cette satire vise la crédulité humaine et montre comment se créent les réputations : par contagion, habitude et conformisme social. La mention finale de l'avocat mal habillé confirme que cette logique absurde s'étend à tous les domaines professionnels.
Les personnages
- La première devineresse — L'opportunisme et l'exploitation de la crédulité humaine
- La seconde devineresse — La victime involontaire des préjugés et de la réputation des lieux
- La clientèle variée — La crédulité universelle qui touche toutes les classes sociales
- L'avocat mal habillé — La généralisation du phénomène à tous les corps de métier
Figures de style
- Métaphore : « C'est un torrent » — L'opinion publique est comparée à un torrent irrésistible et destructeur
- Énumération : « Femmes, filles, valets, gros messieurs » — Souligne l'universalité de la crédulité dans toutes les classes
- Hyperbole : « ignorante à vingt et trois carats » — Exagère comiquement l'ignorance totale de la devineresse
- Antithèse : « galetas/oracle » — Oppose la misère du lieu à la grandeur supposée de la fonction
- Périphrase : « ma croix de par Dieu » — Désigne de façon populaire la signature en croix des illettrés
Contexte historique
Au XVIIe siècle, la divination et les pratiques occultes sont répandues dans toutes les couches sociales, malgré les condamnations religieuses. Paris grouille de devineresses, cartomanciennes et autres charlatans. L'affaire des Poisons (1679-1682) révélera l'ampleur de ces pratiques jusque dans l'entourage royal. La Fontaine observe cette société où superstition et raison coexistent, et où l'apparence sociale détermine souvent la réputation professionnelle. Cette fable reflète aussi la mobilité sociale possible par l'enrichissement frauduleux.
À retenir
- L'opinion publique se fonde sur le hasard et les préjugés plutôt que sur la vérité
- Les apparences et le décorum créent la réputation plus que la compétence réelle
- La crédulité touche toutes les classes sociales sans distinction
- La réussite sociale peut reposer sur l'exploitation habile des faiblesses humaines