Analyse : Les Animaux malades de la peste
Résumé
Face à une épidémie de peste qui ravage le royaume animal, le Lion propose un sacrifice expiatoire : le plus coupable doit mourir pour sauver tous les autres. Il avoue ses crimes terribles (dévorer moutons et bergers), mais le Renard minimise ces actes par flatterie. Les grands prédateurs voient leurs fautes excusées. Quand l'Âne confesse avoir mangé un peu d'herbe dans un pré de moines, il est immédiatement condamné à mort par tous.
La morale
La fable dénonce l'injustice du système judiciaire de l'Ancien Régime où la justice varie selon le rang social. Les puissants échappent aux conséquences de leurs crimes les plus graves grâce à la flatterie et aux privilèges, tandis que les humbles sont sévèrement punis pour des fautes mineures. Le vers final résume cette critique : « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » La Fontaine met en lumière l'hypocrisie d'une société où la loi du plus fort prévaut sur la véritable justice.
Les personnages
- Lion — Le roi Louis XIV et le pouvoir royal absolu
- Renard — Les courtisans flatteurs et manipulateurs
- Âne — Le peuple, les humbles sans défense
- Tigre et Ours — La haute noblesse et ses privilèges
- Loup — Les juges corrompus et la fausse érudition
Figures de style
- Allégorie : « La peste et le procès animal » — Toute la fable représente symboliquement la société française du XVIIe siècle
- Euphémisme : « « manger moutons, canaille, sotte espèce » » — Le Renard minimise les crimes du Lion par des termes péjoratifs
- Ironie : « « Vous leur fîtes, Seigneur, En les croquant, beaucoup d'honneur » » — Le massacre devient un privilège accordé aux victimes
- Antithèse : « « puissant ou misérable », « blanc ou noir » » — Opposition qui souligne la dualité de la justice selon le rang
- Périphrase : « « enrichir en un jour l'Achéron » » — Désigne élégamment la mort massive causée par l'épidémie
Contexte historique
Cette fable, publiée en 1678 dans le deuxième recueil, critique indirectement l'absolutisme de Louis XIV et la justice inégalitaire de l'Ancien Régime. À cette époque, les privilèges de la noblesse et du clergé créent une société à deux vitesses où les puissants échappent aux lois communes. La Fontaine, protégé par des mécènes influents, peut critiquer le système par l'allégorie animale sans risquer la censure directe.
À retenir
- Critique de la justice inégalitaire de l'Ancien Régime selon le rang social
- Dénonciation de la flatterie et de la corruption qui protègent les puissants
- L'allégorie animale permet d'éviter la censure royale tout en critiquant le pouvoir
- La morale explicite en fin de fable résume l'injustice institutionnalisée