Analyse : Le Villageois et le Serpent

Résumé

Un villageois charitable trouve un serpent mourant de froid dans la neige. Ému de pitié, il l'emporte chez lui et le réchauffe près du feu pour le sauver. Dès que l'animal reprend ses forces, il tente d'attaquer son bienfaiteur. Indigné par cette ingratitude, le villageois saisit sa hache et découpe le serpent en trois morceaux. La Fontaine conclut qu'il faut être charitable mais savoir choisir envers qui exercer sa bonté, car les ingrats finissent toujours mal.

La morale

Cette fable délivre un enseignement nuancé sur la charité. La Fontaine ne condamne pas la générosité en soi, qu'il considère comme une vertu, mais met en garde contre la charité aveugle exercée sans discernement. La morale suggère qu'il faut évaluer le destinataire de nos bonnes actions et ne pas gaspiller notre aide sur ceux qui sont naturellement ingrats ou malfaisants. L'auteur établit également une justice immanente : les ingrats sont punis par le destin. Cette leçon reflète une vision pragmatique de la morale, typique de l'esprit classique, où la sagesse consiste à allier bonté et prudence pour éviter d'être la victime de sa propre générosité.

Les personnages

  • Le Villageois/Manant — Représente la bonté naïve et imprudente, celui qui agit par pure compassion sans réfléchir aux conséquences de ses actes
  • Le Serpent — Incarne l'ingratitude et la méchanceté naturelle, celui qui ne peut changer sa nature malfaisante malgré les bienfaits reçus

Figures de style

  • Gradation : « Transi, gelé, perclus, immobile rendu » — Succession d'adjectifs qui intensifie progressivement l'état de faiblesse du serpent pour émouvoir le lecteur
  • Métaphore filée : « son bienfaiteur, son sauveur et son père » — Triple désignation qui amplifie l'ingratitude du serpent en soulignant tous les rôles bienveillants du villageois
  • Onomatopée : « puis siffle aussitôt » — Évoque le bruit menaçant du serpent qui révèle immédiatement sa nature agressive retrouvée
  • Ironie : « voilà donc mon salaire ? » — Souligne amèrement le contraste entre la bonne action accomplie et la récompense reçue

Contexte historique

Cette fable s'inspire directement d'Ésope, comme La Fontaine le précise dès l'ouverture. Écrite au XVIIe siècle, elle reflète l'esprit classique qui prône la mesure et la prudence. À une époque où la noblesse pratique la charité chrétienne, La Fontaine introduit une nuance pragmatique : la bonté doit s'accompagner de discernement. Cette morale correspond aux valeurs de la bourgeoisie montante qui privilégie l'efficacité et la raison sur la pure sentimentalité.

À retenir

  • La charité est une vertu mais elle doit être exercée avec discernement et prudence
  • Certaines natures sont fondamentalement ingrates et ne peuvent être changées par la bonté
  • La justice immanente punit finalement tous les ingrats selon La Fontaine
  • Cette fable prône un équilibre entre générosité et sagesse pratique, typique de l'esprit classique