Analyse : Le Trésor, et les deux Hommes
Résumé
Un homme ruiné décide de se pendre dans une masure abandonnée. En plantant un clou pour fixer sa corde, il fait s'effondrer un mur qui révèle un trésor caché. Enrichi soudainement, il abandonne son projet suicidaire et s'enfuit avec l'or. Peu après, le propriétaire du trésor découvre le vol. Désespéré par cette perte, il utilise la corde abandonnée pour se pendre à son tour. La Fontaine illustre ainsi les caprices ironiques de la Fortune qui distribue arbitrairement richesses et malheurs selon son bon plaisir.
La morale
Cette fable dénonce l'avarice et illustre l'imprévisibilité du destin. La Fontaine révèle que l'attachement excessif aux biens matériels peut conduire à la mort : le propriétaire du trésor préfère se suicider plutôt que de vivre sans sa fortune. L'auteur critique également l'inutilité de l'accumulation de richesses, puisque l'avare 'thésaurise pour les voleurs, pour ses parents, ou pour la terre'. La Fortune apparaît comme une force capricieuse qui se divertit des retournements de situation les plus inattendus. Cette morale invite à la philosophie stoïcienne : accepter les aléas de l'existence sans s'attacher démesurément aux biens périssables.
Les personnages
- Le premier homme (ruiné) — Représente le désespoir face à la pauvreté, mais aussi la capacité d'adaptation et l'opportunisme face aux circonstances favorables
- Le second homme (propriétaire du trésor) — Incarne l'avarice destructrice et l'attachement pathologique aux richesses matérielles qui mène à l'autodestruction
- La Fortune — Déesse capricieuse personnifiant le hasard et l'ironie du destin, qui distribue arbitrairement bonheurs et malheurs
Figures de style
- Métaphore : « logeant le diable en sa bourse » — La pauvreté est comparée à la présence du diable, soulignant la dimension maléfique et désespérante de la misère
- Euphémisme : « C'est-à-dire n'y logeant rien » — La Fontaine atténue l'expression précédente par une explication prosaïque qui crée un effet comique de chute
- Personnification : « Cette déesse inconstante / Se mit alors en l'esprit / De voir un homme se pendre » — La Fortune devient un personnage actif qui planifie et se divertit des malheurs humains
- Antithèse : « Et celui qui se pendit / S'y devait le moins attendre » — Opposition entre l'attente logique et la réalité, soulignant l'ironie cruelle du destin
- Litote : « Genre de mort qui ne duit pas / À gens peu curieux de goûter le trépas » — Atténuation ironique pour dire que personne ne souhaite mourir de faim, créant un effet d'humour noir
Contexte historique
Cette fable reflète les préoccupations sociales du XVIIe siècle où la pauvreté et l'enrichissement soudain côtoient les fortunes bourgeoises naissantes. L'avarice est un vice particulièrement dénoncé dans une société où l'argent devient central. La Fontaine s'inspire de la tradition moraliste antique tout en adaptant ses leçons aux réalités de son époque. Les masures abandonnées et les cachettes de trésors évoquent les troubles des guerres civiles récentes qui ont marqué la France.
À retenir
- L'avarice peut conduire à l'autodestruction, comme le montre le suicide du propriétaire du trésor
- La Fortune est présentée comme une force capricieuse qui se joue des humains par ironie
- Les richesses accumulées profitent rarement à celui qui les amasse (voleurs, héritiers, terre)
- La structure en miroir oppose deux destins inverses pour démontrer l'absurdité des attachements matériels