Analyse : Le Serpent et la Lime
Résumé
Un serpent affamé pénètre dans l'atelier d'un horloger et tente de dévorer une lime d'acier. Celle-ci lui explique calmement qu'il s'attaque à plus résistant que lui et qu'il ne parviendra qu'à se briser les dents, car seul le temps peut l'user. La Fontaine utilise cette anecdote pour critiquer les esprits médiocres qui s'acharnent à dénigrer les grandes œuvres littéraires et artistiques, comparées à des matériaux indestructibles.
La morale
La fable dénonce l'acharnement stérile des critiques incompétents contre les œuvres d'art durables. La Fontaine vise particulièrement les auteurs médiocres de son époque qui attaquent systématiquement les chefs-d'œuvre par jalousie ou par ignorance. La lime, symbole de résistance, représente les créations authentiques qui traversent les siècles malgré les attaques. L'image du serpent qui se brise les dents illustre l'autodestruction de ceux qui s'en prennent à plus fort qu'eux. Cette morale reflète l'expérience personnelle de La Fontaine, confronté aux critiques de son temps, et affirme la supériorité du génie artistique sur la médiocrité envieuse.
Les personnages
- Le Serpent — Représente les critiques incompétents, les envieux et les esprits médiocres qui s'attaquent aux grandes œuvres par ignorance
- La Lime — Incarne les œuvres d'art durables, la solidité du génie créateur face aux attaques, la résistance du temps
- L'horloger — Figure de l'artisan créateur, celui qui façonne des œuvres précises et durables
Figures de style
- Personnification : « Cette Lime lui dit, sans se mettre en colère » — La lime prend la parole et manifeste des émotions humaines, donnant vie au débat
- Métaphore : « Ils sont pour vous d'airain, d'acier, de diamant » — Les œuvres d'art sont comparées à des matériaux indestructibles pour souligner leur solidité
- Ironie : « Pauvre ignorant ! eh ! que prétends-tu faire ? » — La lime adopte un ton condescendant qui révèle l'absurdité de l'entreprise du serpent
- Gradation : « d'airain, d'acier, de diamant » — Énumération croissante de matériaux de plus en plus résistants pour amplifier l'effet
Contexte historique
Cette fable s'inscrit dans les querelles littéraires du XVIIe siècle. La Fontaine répond aux critiques de son époque, notamment celles visant les auteurs classiques et leurs œuvres. L'Académie française et les salons parisiens sont le théâtre de débats esthétiques parfois virulents. La fable reflète aussi la hiérarchisation sociale et intellectuelle de l'époque, où les véritables artistes se distinguent des médiocres par la durabilité de leurs créations.
À retenir
- Critique des esprits médiocres qui s'attaquent aux chefs-d'œuvre par envie
- Affirmation de la supériorité et de la durabilité des vraies œuvres d'art
- Réflexion sur l'autodestruction de ceux qui s'en prennent à plus fort qu'eux
- Défense personnelle de La Fontaine contre ses détracteurs contemporains