Analyse : Le Savetier et le Financier
Résumé
Un savetier vit pauvrement mais chante joyeusement du matin au soir, dérangeant son riche voisin financier qui dort mal. Agacé par ce bruit, le financier donne cent écus au savetier pour l'enrichir. Mais dès qu'il possède cet argent, l'artisan perd sa gaieté : il ne chante plus, dort mal, vit dans l'angoisse de se faire voler. Rongé par l'inquiétude, il finit par rendre l'argent au financier et retrouve ainsi ses chansons et son sommeil paisible.
La morale
La Fontaine illustre le paradoxe que l'argent, censé apporter le bonheur, peut en réalité détruire la joie de vivre. Le savetier pauvre mais insouciant était plus heureux que le riche financier tourmenté. L'acquisition soudaine de richesses transforme l'artisan en homme inquiet, privé de ses plaisirs simples. Cette fable critique l'obsession de l'accumulation et montre que la vraie richesse réside dans la sérénité d'esprit. Elle dénonce aussi l'illusion que l'argent résout tous les problèmes : au contraire, il peut créer de nouveaux soucis. La sagesse consiste à préférer une pauvreté joyeuse à une richesse anxieuse.
Les personnages
- Le Savetier — Représente le peuple laborieux, la simplicité heureuse, l'art de vivre au jour le jour sans accumulation ni anxiété du lendemain
- Le Financier — Incarne la bourgeoisie enrichie du XVIIe siècle, l'argent qui isole, les soucis liés à la richesse et l'incompréhension des plaisirs simples
Figures de style
- Antithèse : « Un Savetier chantait du matin jusqu'au soir [...] Son voisin, au contraire, étant tout cousu d'or, Chantait peu, dormait moins encore » — Opposition marquée entre la gaieté du pauvre et la tristesse du riche, soulignant le paradoxe central de la fable
- Métaphore : « tout cousu d'or » — Image qui exprime la richesse excessive du financier de façon concrète et visuelle
- Hyperbole : « Le Savetier crut voir tout l'argent que la terre Avait, depuis plus de cent ans, Produit pour l'usage des gens » — Exagération qui montre l'émerveillement naïf du savetier devant cette somme dérisoire pour le financier
- Personnification : « Il eut pour hôtes les soucis, Les soupçons, les alarmes vaines » — Les sentiments négatifs deviennent des visiteurs indésirables, illustrant l'invasion de l'angoisse
Contexte historique
Cette fable reflète la société du XVIIe siècle avec l'émergence d'une bourgeoisie financière face aux artisans traditionnels. Les savetiers formaient une corporation respectée mais modeste. La critique du financier s'inscrit dans la méfiance aristocratique envers les nouveaux riches. Les nombreuses fêtes religieuses évoquées correspondent au calendrier catholique de l'époque qui imposait l'arrêt du travail, créant des difficultés économiques pour les artisans payés à la tâche.
À retenir
- L'argent ne fait pas le bonheur : la richesse peut générer plus d'angoisses que de joies
- Contraste social : opposition entre la simplicité heureuse du travailleur et l'anxiété du capitaliste
- Critique de l'accumulation : La Fontaine dénonce l'obsession de l'enrichissement au détriment du bien-être
- Sagesse populaire : valorisation de l'art de vivre au jour le jour sans inquiétude du lendemain