Analyse : Le Renard anglais

Résumé

Cette fable est en réalité un éloge déguisé adressé à une dame anglaise. La Fontaine raconte l'histoire d'un renard anglais poursuivi par des chiens qui se cache parmi des animaux pendus au gibet. Le stratagème fonctionne une première fois, mais échoue lors de la seconde tentative, coûtant la vie au renard. L'auteur utilise cette anecdote pour illustrer l'ingéniosité anglaise tout en développant une réflexion sur l'art de l'éloge et les qualités nationales des Anglais.

La morale

La morale principale enseigne qu'il faut savoir renouveler ses stratégies : "Tant il est vrai qu'il faut changer de stratagème !". Répéter le même subterfuge mène à l'échec. La Fontaine développe également une réflexion sur les tempéraments nationaux, suggérant que l'ingéniosité anglaise surpasse même celle des Français. Paradoxalement, il note que le courage anglais peut parfois nuire, car "le peu d'amour pour la vie leur nuit en mainte occasion". La fable fonctionne aussi comme une méditation sur l'art poétique, La Fontaine préférant l'éloge discret aux louanges pompeuses, suivant le goût de sa dédicataire.

Les personnages

  • Le renard anglais — Représente l'ingéniosité et la ruse anglaises, mais aussi les limites de la répétition des mêmes stratégies
  • Les chiens — Symboles de la poursuite implacable et du flair supérieur attribué aux animaux anglais
  • Le chasseur — Représente l'esprit anglais, intelligent mais parfois limité par son courage excessif
  • La dame anglaise (dédicataire) — Incarnation des vertus anglaises célébrées par La Fontaine
  • Mazarin — Déesse des Amours mentionnée en fin, référence galante de l'époque

Figures de style

  • Comparaison épique : « Je crois voir Annibal qui, pressé des Romains » — La Fontaine élève le renard au niveau d'un grand stratège antique, créant un contraste humoristique
  • Métonymie : « Vos gens à pénétrer l'emportent sur les autres » — "Vos gens" désigne les Anglais par synecdoque, créant une proximité familière
  • Périphrase : « des animaux ravissants, Blaireaux, renards, hiboux, race encline à mal faire » — Désignation euphémistique et ironique des animaux nuisibles pendus en exemple
  • Antithèse : « Il en eût été moins selon votre génie ; La pompe vous déplaît » — Opposition entre l'éloge pompeux traditionnel et la préférence pour la simplicité
  • Hyperbole : « Bien que de leurs abois ils perçassent les nues » — Exagération poétique de la puissance des aboiements des chiens

Contexte historique

Cette fable appartient au douzième livre des Fables (1694), période de maturité de La Fontaine. Elle s'inscrit dans la tradition des éloges aristocratiques de l'époque. Les relations franco-anglaises sont alors complexes, marquées par des conflits mais aussi des échanges culturels. La mention de Mazarin et les références galantes reflètent les codes de la société de cour. L'anglomanie naissante transparaît dans l'admiration exprimée pour l'esprit anglais et leurs innovations.

À retenir

  • La nécessité de renouveler ses stratégies pour éviter l'échec
  • Une réflexion sur les tempéraments nationaux et l'ingéniosité anglaise
  • L'art de l'éloge discret préféré aux louanges pompeuses
  • Une fable-dédicace qui mêle récit animalier et compliments aristocratiques