Analyse : Le Rat et l’Éléphant

Résumé

Dans cette fable, La Fontaine critique d'abord la vanité française par rapport à celle des autres nations. Un petit rat se moque d'un éléphant imposant qui transporte une sultane et sa suite en pèlerinage. Le rat prétend que la taille ne détermine pas l'importance et affirme valoir autant qu'un éléphant. Mais quand le chat de la sultane sort de sa cage, il démontre brutalement au rat la différence réelle entre leurs conditions en le menaçant directement.

La morale

La morale dénonce la vanité et l'orgueil mal placé, particulièrement celui que La Fontaine identifie comme typiquement français. L'auteur distingue la vanité française, qu'il juge plus sotte, de l'orgueil espagnol qu'il considère plus fou mais moins ridicule. Le rat représente ces bourgeois qui se croient importants sans fondement réel. Sa prétention à égaler l'éléphant illustre l'aveuglement de ceux qui confondent leurs aspirations avec la réalité. La chute brutale avec l'intervention du chat rappelle que les rapports de force réels finissent toujours par s'imposer, quelle que soit l'opinion que l'on a de soi-même.

Les personnages

  • Le Rat — Le petit bourgeois vaniteux qui se croit plus important qu'il n'est, incarnation du défaut français selon La Fontaine
  • L'Éléphant — La grandeur véritable, la noblesse authentique qui n'a pas besoin de se justifier
  • Le Chat — La réalité brutale qui remet chacun à sa place, révélateur des vrais rapports de force
  • La Sultane — Le pouvoir et le raffinement oriental, représentant un monde hiérarchisé

Figures de style

  • Métonymie : « l'animal à triple étage » — Désigne l'éléphant par sa caractéristique de porter plusieurs niveaux de passagers
  • Antithèse : « Un Rat des plus petits voyait un Éléphant / Des plus gros » — Opposition marquée entre les deux extrêmes de taille pour souligner le contraste
  • Ironie : « Nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes, / D'un grain moins que les éléphants » — Le rat exprime avec une fausse modestie sa prétention égalitaire ridicule
  • Énumération : « Son Chien, son Chat et sa Guenon, / Son Perroquet, sa Vieille et toute sa maison » — Accumulation qui montre la richesse et le faste de l'équipage de la sultane

Contexte historique

Cette fable date de 1678 et reflète les tensions sociales de l'Ancien Régime où la bourgeoisie montante aspire à égaler la noblesse. La Fontaine, proche des milieux aristocratiques, critique cette prétention bourgeoise tout en observant les défauts nationaux. Les références à l'Orient (sultane, pèlerinage) témoignent de la fascination française pour l'exotisme ottoman. L'analyse comparative des vanités nationales révèle l'esprit européen du Grand Siècle et ses stéréotypes sur les peuples voisins.

À retenir

  • Critique acerbe de la vanité bourgeoise française du XVIIe siècle
  • Opposition entre les prétentions illusoires et la réalité des rapports sociaux
  • Analyse comparative des défauts nationaux européens
  • Morale sur les dangers de la surestimation de soi face aux vrais rapports de force