Analyse : Le Pouvoir des Fables

Résumé

La Fontaine dédie cette fable à un ambassadeur en s'excusant de la simplicité de ses contes face aux affaires politiques graves. Il raconte l'histoire d'un orateur athénien qui, ne parvenant pas à alerter le peuple sur un danger imminent avec des discours solennels, réussit finalement en commençant par une fable simple. Dès qu'il évoque Cérès, l'Anguille et l'Hirondelle, l'assemblée l'écoute avec attention. La Fontaine conclut que même les adultes restent sensibles aux histoires, révélant le pouvoir universel de la narration.

La morale

La morale révèle que la pédagogie par la fiction surpasse souvent l'argumentation directe. Les hommes, quelque soit leur âge ou leur rang, restent sensibles aux histoires simples qui captivent leur imagination. La Fontaine démontre que ses fables, loin d'être de simples divertissements, constituent un outil puissant pour transmettre des vérités profondes. L'efficacité de la communication réside moins dans la noblesse du discours que dans sa capacité à toucher l'auditoire. Cette fable constitue une métareflexion sur l'art du fabuliste lui-même, justifiant sa démarche littéraire et sa fonction sociale.

Les personnages

  • L'Orateur athénien — L'artiste ou l'écrivain qui cherche à éduquer et convaincre son public
  • Le peuple d'Athènes — L'humanité dans sa faiblesse et son besoin d'être séduite pour apprendre
  • Cérès — Figure mythologique qui rend le discours attractif et mémorable
  • L'Anguille et l'Hirondelle — Personnages de fable qui captivent l'attention populaire
  • L'Ambassadeur — Le destinataire noble que La Fontaine veut convaincre de la valeur de son art

Figures de style

  • Métaphore filée : « Quel autre Hercule enfin ne se trouverait las / De combattre cette Hydre » — Louis XIV est comparé à Hercule luttant contre l'hydre de Lerne, métaphore de la guerre
  • Apostrophe : « Vous puis je offrir mes vers et leurs grâces légères ? » — La Fontaine s'adresse directement à l'ambassadeur, créant une intimité
  • Ironie : « Je vous sacrifierai cent moutons ; c'est beaucoup / Pour un habitant du Parnasse » — Contraste humoristique entre la grandeur du service rendu et la modestie de la récompense
  • Métonymie : « L'animal aux têtes frivoles » — Désigne le peuple athénien par ses caractéristiques comportementales
  • Mise en abyme : « Au moment que je fais cette moralité » — La Fontaine commente sa propre pratique de fabuliste dans sa fable

Contexte historique

Cette fable s'inscrit dans le contexte de la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697), où Louis XIV affronte une coalition européenne menée par l'Angleterre. La Fontaine s'adresse probablement à un diplomate chargé de négocier la paix. L'époque voit naître une réflexion sur l'efficacité de la littérature face aux enjeux politiques. La référence à Athènes évoque les débats démocratiques antiques, modèle pour les intellectuels du Grand Siècle cherchant à influencer le pouvoir royal par leurs écrits.

À retenir

  • Une métareflexion de La Fontaine sur la fonction sociale et pédagogique de ses fables
  • La démonstration que la fiction captive mieux l'attention que les discours solennels
  • Une justification de l'art du conte face aux préoccupations politiques sérieuses
  • L'illustration du pouvoir universel de la narration sur l'esprit humain