Analyse : Le Pâtre et le Lion
Résumé
Cette fable particulière de La Fontaine commence par une longue réflexion métatextuelle sur l'art de la fable. Le fabuliste explique que les apologues mêlent instruction et divertissement, comparant son travail à celui d'Ésope et de Phèdre. Il raconte ensuite l'histoire d'un pâtre qui, ayant perdu des brebis, tend des pièges près d'une tanière. Il prie les dieux de lui faire capturer le voleur, promettant un veau en offrande. Mais quand surgit un lion terrifiant, le berger terrorisé change immédiatement sa prière, promettant un bœuf si la bête s'en va.
La morale
La fable illustre l'inconstance humaine et la relativité de nos désirs selon les circonstances. Le pâtre désire ardemment connaître l'identité du voleur jusqu'à ce qu'il découvre qu'il s'agit d'un lion redoutable. Sa prière se transforme alors en son contraire : il souhaite désormais que l'animal disparaisse. Cette contradiction révèle que nous formulons souvent des vœux sans mesurer leurs conséquences possibles. La morale suggère la prudence dans nos demandes et souligne combien nos désirs peuvent être superficiels, changeant dès que la réalité nous confronte à des situations imprévues. C'est une leçon sur la sagesse et la réflexion.
Les personnages
- Le Pâtre — Représente l'homme ordinaire, ses désirs contradictoires et son manque de prévoyance face aux conséquences de ses souhaits
- Le Lion — Incarne la force brute, le danger imprévu et la réalité qui bouleverse nos plans et nos désirs
- Les Dieux — Représentent les forces supérieures auxquelles l'homme s'adresse dans l'espoir d'obtenir satisfaction, témoins de nos incohérences
Figures de style
- Métaphore : « monarque des Dieux » — Désigne Jupiter de manière solennelle, soulignant la révérence du pâtre dans sa prière
- Antithèse : « attraper le larron / qu'il s'écarte » — Opposition entre le désir initial de capturer et le souhait contraire de voir partir le lion
- Hyperbole : « dit à demi mort » — Exagération de la peur du pâtre face au lion pour accentuer le comique de la situation
- Ironie dramatique : « Que l'homme ne sait guère, hélas ! ce qu'il demande » — Le pâtre découvre amèrement que ses vœux peuvent se réaliser de façon inattendue et dangereuse
Contexte historique
Cette fable s'inscrit dans la tradition de la fable ésopique que La Fontaine renouvelle au XVIIe siècle. Le fabuliste français adapte et enrichit les apologues antiques pour la société de Louis XIV. L'introduction métatextuelle révèle sa conscience littéraire et sa volonté de légitimer le genre de la fable. En comparant son travail à celui d'Ésope et Phèdre, La Fontaine s'inscrit dans une lignée prestigieuse tout en revendiquant ses innovations stylistiques et narratives.
À retenir
- Première fable métatextuelle où La Fontaine théorise son art et justifie le mélange d'instruction et de plaisir
- Illustration de l'inconstance humaine : nos désirs changent selon les circonstances
- Leçon de prudence : il faut réfléchir aux conséquences de nos souhaits avant de les formuler
- Comparaison explicite avec les modèles antiques (Ésope, Phèdre) pour légitimer l'art de la fable