Analyse : Le Mari, la Femme et le Voleur

Résumé

Un mari passionnément amoureux de sa femme souffre de son indifférence et de sa froideur conjugale. Une nuit, alors qu'il se plaint de cette situation, un voleur s'introduit chez eux. Terrorisée, l'épouse se réfugie dans les bras de son mari pour la première fois. Reconnaissant envers le voleur qui lui a procuré cette marque d'affection tant désirée, le mari lui offre généreusement tout ce qu'il souhaite prendre. La Fontaine conclut que la peur est souvent plus forte que l'amour lui-même.

La morale

Cette fable explore la complexité des relations conjugales et la hiérarchie des passions humaines. La Fontaine démontre que la peur peut accomplir ce que l'amour n'arrive pas à obtenir : elle brise les barrières de l'indifférence et révèle les véritables sentiments. Le fabuliste suggère ironiquement que dans le mariage, la routine et l'habitude peuvent étouffer la tendresse, rendant les époux étrangers l'un à l'autre. La morale principale affirme que la peur constitue la passion la plus puissante, capable de vaincre l'aversion et parfois même l'amour, bien que ce dernier puisse également triompher d'elle dans certaines circonstances exceptionnelles, comme l'illustre l'anecdote finale de l'amant espagnol.

Les personnages

  • Le mari — Représente l'amour conjugal non partagé et la frustration affective dans le mariage
  • La femme — Incarne l'indifférence conjugale et la froideur qui s'installe parfois dans les unions
  • Le voleur — Catalyseur involontaire qui révèle les vrais sentiments par la peur qu'il inspire

Figures de style

  • Ironie : « Je le crois ; c'était un mari » — La Fontaine souligne avec une ironie mordante que l'indifférence conjugale est un phénomène courant
  • Antithèse : « Fort amoureux... se croyait malheureux » — Opposition entre l'amour intense du mari et son sentiment de malheur qui révèle le paradoxe conjugal
  • Métaphore : « si l'amour n'assaisonne Les plaisirs » — L'amour est comparé à un assaisonnement nécessaire pour donner saveur aux plaisirs conjugaux
  • Euphémisme : « Celui-ci fit sa main » — Expression qui atténue poliment l'action de voler en la présentant comme un profit personnel

Contexte historique

Cette fable reflète la société française du XVIIe siècle où les mariages étaient souvent arrangés sans considération sentimentale. La Fontaine observe avec lucidité les relations conjugales de son époque, marquées par la convention sociale plutôt que par l'amour authentique. L'évocation finale de l'amant espagnol fait référence aux codes de l'honneur et de la passion caractéristiques de la littérature espagnole, très appréciée en France à cette période, notamment à travers le théâtre de Corneille.

À retenir

  • La peur révèle parfois des sentiments que l'amour ne parvient pas à faire naître
  • La routine conjugale peut créer une distance émotionnelle entre les époux
  • Les situations extrêmes dévoilent la véritable nature des relations humaines
  • La Fontaine dresse un portrait lucide et critique des mœurs conjugales de son époque