Analyse : Le mal Marié
Résumé
Cette fable met en scène un homme qui épouse une femme acariâtre, querelleuse et insatisfaite. Ne supportant plus ses reproches constants, il l'envoie à la campagne chez ses parents. Espérant qu'elle s'adoucisse au contact de la vie rurale, il la reprend. Mais elle avoue avoir critiqué et agacé même les paysans. Le mari comprend alors que son caractère est incorrigible et la renvoie définitivement, préférant vivre seul plutôt que d'endurer ses perpétuels reproches.
La morale
La Fontaine illustre ici l'impossibilité de changer un caractère fondamentalement défaillant. La morale porte sur la prudence nécessaire dans le choix du conjoint et l'acceptation que certains défauts de caractère sont irrémédiables. Le fabuliste souligne également que le mariage est un engagement risqué qui peut conduire au malheur si les caractères sont incompatibles. L'épouse représente ces personnes perpétuellement insatisfaites qui empoisonnent l'existence de leur entourage. La fable prône finalement la sagesse de savoir reconnaître ses erreurs et d'y remédier, même par des décisions difficiles comme la séparation.
Les personnages
- Le narrateur — La sagesse et la prudence qui évite les pièges du mariage
- Le mari — L'homme patient qui finit par comprendre ses erreurs
- L'épouse — Le caractère acariâtre et incorrigible qui détruit l'harmonie
- Les paysans — Le bon sens populaire qui ne tolère pas la méchanceté gratuite
Figures de style
- Hyperbole : « Puissé-je chez les morts avoir, pour mes péchés, Deux femmes comme vous » — Exagération dramatique qui exprime l'exaspération totale du mari
- Métaphore : « un tel lutin » — Compare l'épouse à un esprit maléfique, soulignant son caractère nuisible
- Ironie : « L'innocence des champs est-elle votre fait ? » — Le mari feint de croire que la campagne l'a adoucie alors qu'il pressent le contraire
- Gradation : « Querelleuse, avare, et jalouse » — Énumération croissante des défauts qui accable le personnage féminin
Contexte historique
Cette fable reflète la société du XVIIe siècle où le divorce n'existait pas et où la condition féminine était strictement encadrée. Les mariages arrangés étaient fréquents, d'où les mises en garde de La Fontaine. L'évocation du renvoi chez les parents et la vie à la campagne correspond aux mœurs de l'époque. La fable témoigne aussi des tensions conjugales dans une société où la séparation était exceptionnelle et mal vue.
À retenir
- La prudence est nécessaire dans le choix du conjoint car certains caractères sont incorrigibles
- Le mariage représente un risque majeur qui peut conduire au malheur si les tempéraments sont incompatibles
- La fable utilise l'humour et l'exagération pour critiquer les défauts humains universels
- L'œuvre reflète les contraintes matrimoniales et sociales du Grand Siècle