Analyse : Le Loup et le Chasseur

Résumé

Cette fable présente deux récits parallèles illustrant les dangers de l'excès. Un chasseur, après avoir abattu un daim et un faon, continue à chasser par convoitise et meurt tué par un sanglier blessé alors qu'il visait une perdrix. Un loup découvre les corps et, par avarice, décide de rationner ce festin. Il commence par manger la corde de l'arc, ce qui déclenche le mécanisme : la flèche le transperce. La Fontaine conclut que convoitise et avarice mènent à la perte.

La morale

La morale de cette fable dénonce deux excès opposés mais également destructeurs : la convoitise (vouloir toujours plus) et l'avarice (refuser de jouir de ce qu'on possède). Le chasseur périt pour avoir voulu ajouter une perdrix à un butin déjà substantiel, tandis que le loup meurt pour avoir voulu économiser sa aubaine. La Fontaine prône un juste milieu : savoir se contenter et jouir du présent sans attendre. Cette leçon s'inscrit dans la philosophie épicurienne du « carpe diem » : il faut savoir saisir le bonheur quand il se présente, car la mort peut survenir à tout moment. L'auteur critique ainsi l'insatiabilité humaine et l'obsession de l'accumulation.

Les personnages

  • Le Chasseur — La convoitise, l'appétit insatiable de possession qui pousse à vouloir toujours plus malgré un butin suffisant
  • Le Loup — L'avarice, la mentalité d'accumulation qui empêche de profiter de ses biens par peur de les épuiser
  • Le Daim et le Faon — Les biens suffisants, le bonheur accessible que l'homme néglige par excès d'ambition
  • Le Sanglier — Les dangers de l'excès, la nemesis qui punit l'hubris du chasseur
  • La Perdrix — Le superflu fatal, le détail insignifiant qui cause la perte par cupidité

Figures de style

  • Apostrophe : « Fureur d'accumuler, monstre de qui les yeux... » — La Fontaine s'adresse directement à la cupidité personnifiée, créant un effet dramatique d'interpellation
  • Métaphore : « la Parque et ses ciseaux » — La mort est représentée par la déesse Parque qui coupe le fil de la vie, image mythologique saisissante
  • Ironie dramatique : « Et la perdrix le remercie » — La perdrix remercie ironiquement le sanglier d'avoir tué son chasseur, soulignant le retournement de situation
  • Dialogue fictif : « Jouis. – Je le ferai. – Mais quand donc ? – Dès demain » — Ce dialogue imaginaire rend concrète la procrastination humaine face au bonheur
  • Parallélisme : « La convoitise perdit l'un ; L'autre périt par l'avarice » — Structure symétrique qui souligne que les deux vices opposés mènent au même résultat fatal

Contexte historique

Cette fable du livre VIII (1678-1679) s'inscrit dans la maturité de La Fontaine. L'époque est marquée par l'enrichissement de la bourgeoisie marchande et les fastes de Versailles. L'auteur, influencé par l'épicurisme et le stoïcisme, développe une philosophie de la mesure face aux excès de son temps. Le thème de la cupidité résonne particulièrement dans une société en mutation économique où l'accumulation de richesses devient centrale. La Fontaine y oppose une sagesse antique prônant la modération.

À retenir

  • Double condamnation de la convoitise (vouloir plus) et de l'avarice (ne pas jouir de ses biens)
  • Plaidoyer pour le 'carpe diem' : jouir du présent sans attendre demain
  • Structure en diptyque : deux récits parallèles illustrant les mêmes excès avec des issues fatales identiques
  • Critique sociale de l'obsession d'accumulation caractéristique de l'époque de Louis XIV