Analyse : Le Lion et l’Âne chassant

Résumé

Le Lion organise une chasse pour sa fête et sollicite l'aide de l'Âne pour effrayer le gibier par ses braiements. Caché dans les buissons, l'Âne remplit parfaitement son rôle de cor de chasse : sa voix puissante terrorise les animaux qui fuient vers le piège du Lion. Fier de sa contribution, l'Âne se vante de ses services. Le Lion le félicite ironiquement en précisant que s'il ne connaissait pas sa nature d'âne, il en serait lui-même effrayé. L'Âne, vexé mais n'osant se fâcher, illustre la vanité déplacée.

La morale

Cette fable dénonce la vanité de ceux qui s'attribuent des mérites disproportionnés à leur véritable contribution. L'Âne confond utilité ponctuelle et valeur personnelle : être utile dans une circonstance précise ne transforme pas ses qualités intrinsèques. La Fontaine critique l'orgueil des subalternes qui, après avoir rendu service, oublient leur condition et se croient indispensables. La réponse du Lion, polie mais cinglante, remet l'Âne à sa place sans brutalité. La morale s'adresse aux courtisans et serviteurs qui perdent le sens des réalités après un succès temporaire, confondant rôle d'exécutant et mérite personnel.

Les personnages

  • Le Lion — Représente le pouvoir souverain, la noblesse et l'autorité. Intelligent et stratège, il sait utiliser les talents d'autrui tout en gardant sa supériorité. Sa politesse ironique révèle la condescendance aristocratique.
  • L'Âne — Incarne le serviteur zélé mais vaniteux, qui confond service rendu et mérite personnel. Représente ceux qui, après avoir été utiles, perdent le sens de leur vraie condition sociale.

Figures de style

  • Périphrase : « Le Roi des animaux » — Désigne majestueusement le Lion dès l'ouverture, établissant immédiatement la hiérarchie et le registre noble de la fable.
  • Référence mythologique : « l'Âne à la voix de Stentor » — Allusion à Stentor, héros grec à la voix puissante. Cette référence savante ennoblit ironiquement la qualité de l'Âne tout en soulignant sa fonction d'instrument sonore.
  • Métaphore : « À la tempête de sa voix » — Compare la voix de l'Âne à un phénomène naturel destructeur, amplifiant l'effet terrifiant de ses braiements sur les animaux de la forêt.
  • Ironie : « c'est bravement crié » — Compliment ambigu du Lion qui félicite l'Âne tout en le rabaissant subtilement, utilisant un adverbe noble pour une action triviale.

Contexte historique

Fable publiée dans le second recueil de 1678-1679, période où La Fontaine observe finement la cour de Louis XIV. Elle reflète les rapports entre nobles et serviteurs, la vanité des parvenus et l'art de la flatterie condescendante. L'auteur critique les comportements sociaux de son époque, notamment l'orgueil déplacé des subalternes qui, après un service rendu, oublient leur rang. Cette satire sociale s'inscrit dans la tradition moraliste française du Grand Siècle.

À retenir

  • Critique de la vanité des subalternes qui confondent service ponctuel et mérite personnel
  • Art de la remise en place aristocratique par l'ironie polie plutôt que par la brutalité
  • Réflexion sur les rapports de pouvoir et la hiérarchie sociale à la cour de Louis XIV
  • Maîtrise stylistique mêlant registre noble et familier pour servir la satire sociale