Analyse : Le Lièvre et la Tortue
Résumé
Un lièvre et une tortue organisent une course. Sûr de sa vitesse, le lièvre méprise son adversaire et se permet de flâner, brouter et se reposer pendant que la tortue avance lentement mais régulièrement. Quand le lièvre réalise que la tortue approche de l'arrivée, il sprinte mais arrive trop tard. La tortue gagne la course et lui fait remarquer l'inutilité de sa rapidité face à sa propre persévérance, suggérant même qu'elle serait encore plus impressionnante si elle portait sa maison comme un escargot.
La morale
La morale énoncée dès le premier vers - 'Rien ne sert de courir ; il faut partir à point' - prône la régularité et la persévérance face à la précipitation désordonnée. La Fontaine critique l'excès de confiance qui mène à la négligence. La vraie sagesse consiste à maintenir un effort constant plutôt qu'à compter sur ses seuls talents naturels. Cette leçon s'applique à tous les domaines : travail, études, projets personnels. L'orgueil du lièvre, qui 'tient la gageure à peu de gloire', le conduit à sa perte. La tortue incarne la méthode, la discipline et l'humilité active qui triomphent finalement de la facilité présomptueuse.
Les personnages
- Le Lièvre — Représente le talent naturel gâché par l'orgueil et la paresse. Il incarne ceux qui se reposent sur leurs capacités sans fournir d'efforts soutenus.
- La Tortue — Symbolise la persévérance, la méthode et la régularité dans l'effort. Elle représente la sagesse pratique qui compense les handicaps par la détermination.
Figures de style
- Métaphore : « son train de Sénateur » — La lenteur majestueuse de la tortue est comparée à la démarche solennelle d'un sénateur romain, conférant une dignité à sa lenteur.
- Oxymore : « Elle se hâte avec lenteur » — Alliance de termes contradictoires qui exprime parfaitement l'empressement de la tortue malgré sa nature lente.
- Comparaison : « Il partit comme un trait » — Compare la vitesse soudaine du lièvre à une flèche, soulignant l'intensité tardive et vaine de son effort.
- Ironie : « Ma commère il vous faut purger / Avec quatre grains d'ellébore » — Le lièvre suggère ironiquement que la tortue a besoin d'un remède contre la folie pour oser le défier.
- Périphrase : « l'animal léger » — Désigne le lièvre par une caractéristique physique, évitant la répétition tout en soulignant sa nature.
Contexte historique
Cette fable, publiée en 1668 dans le premier recueil, s'inspire d'Ésope mais La Fontaine l'enrichit de détails psychologiques et sociaux propres à son époque. À la cour de Louis XIV, l'opposition entre mérite naturel et travail assidu fait écho aux tensions sociales du Grand Siècle. La référence aux sénateurs et l'usage de l'ellébore (plante médicinale antique) inscrivent le texte dans une culture classique, tandis que les allusions à la chasse reflètent les loisirs aristocratiques contemporains.
À retenir
- La régularité dans l'effort vaut mieux que les talents naturels mal exploités
- L'excès de confiance mène à la négligence et à l'échec
- La persévérance peut compenser les handicaps naturels
- La vraie sagesse consiste à maintenir un effort constant sans se décourager