Analyse : Le Cierge
Résumé
Cette fable raconte l'origine mythique des abeilles venues du mont Olympe pour s'installer au mont Hymette. Après avoir produit leur miel (l'ambroisie), il ne reste que la cire dont on fait des bougies et des cierges. L'un d'eux, voyant la terre cuite résister au temps grâce au feu, décide de s'y jeter pour acquérir la même résistance. Mais contrairement à la terre, le cierge de cire fond dans les flammes. La Fontaine compare cette mésaventure à celle d'Empédocle, philosophe qui se jeta dans l'Etna.
La morale
La morale porte sur l'erreur de l'imitation aveugle et de l'envie mal placée. Le cierge commet une faute de raisonnement en croyant que ce qui convient à un élément (la terre) lui conviendra aussi. La Fontaine nous met en garde contre la tendance à vouloir copier autrui sans tenir compte de nos propres caractéristiques. Chaque être a sa nature propre et ne peut prétendre aux mêmes capacités qu'un autre. L'allusion à Empédocle souligne que même les plus grands esprits peuvent commettre des erreurs fatales par orgueil ou par méconnaissance de leur condition. La sagesse consiste à accepter sa nature plutôt que de chercher à la transformer par des moyens inadaptés.
Les personnages
- Le Cierge — Représente l'homme orgueilleux qui méconnaît sa nature et tente d'imiter ce qui ne lui convient pas
- Les abeilles — Symboles de l'industrie naturelle et de la sagesse instinctive, créatrices du cierge
- Empédocle — Philosophe présocratique, figure de l'orgueil intellectuel menant à l'autodestruction
- La terre/brique — Représente la matière qui trouve sa perfection dans son élément naturel (le feu)
Figures de style
- Périphrase : « filles du Ciel » — Désigne poétiquement les abeilles, élevant leur statut par cette origine divine
- Métaphore : « l'ambroisie en leurs chambres enclose » — Le miel des abeilles est comparé à la nourriture des dieux, magnifiant leur production
- Allusion mythologique : « nouvel Empédocle aux flammes condamné » — Référence au philosophe grec qui se jeta dans l'Etna, établissant un parallèle ironique
- Antithèse : « Il n'était pas plus fou que l'autre » — Opposition ironique entre la folie supposée d'Empédocle et celle, évidente, du cierge
- Personnification : « Un d'eux voyant la terre... il eut la même envie » — Le cierge est doté de sentiments humains (envie) et de capacités de réflexion
Contexte historique
Cette fable s'inscrit dans la tradition des apologues moralisateurs du XVIIe siècle. La référence à Empédocle témoigne de la culture classique de La Fontaine et de son public cultivé. L'évocation du mont Hymette, célèbre pour son miel dans l'Antiquité, ancre le récit dans la tradition gréco-latine. Cette fable reflète aussi l'esprit cartésien de l'époque, prônant la raison contre les illusions. La métaphore du cierge peut faire écho aux ambitions sociales de la bourgeoisie montante, tentée d'imiter la noblesse.
À retenir
- La morale condamne l'imitation aveugle et l'envie mal placée qui mènent à la destruction
- Chaque être a sa nature propre qu'il ne faut pas chercher à transformer par des moyens inadaptés
- La référence à Empédocle établit un parallèle ironique entre folie savante et ignorance naïve
- La fable illustre l'importance de la connaissance de soi face aux tentations de l'orgueil