Analyse : Le Chat, la Belette et le petit Lapin
Résumé
Un jeune lapin découvre qu'une belette s'est installée dans son terrier pendant son absence. Elle invoque le droit du premier occupant, lui la coutume et l'héritage familial. Ne parvenant pas à s'accorder, ils décident de consulter un chat réputé sage et pieux. Grippeminaud, feignant la surdité, les fait approcher puis les dévore tous les deux d'un coup de griffe, résolvant ainsi définitivement leur querelle.
La morale
La Fontaine dénonce l'arbitraire de la justice quand elle est rendue par plus puissant que soi. Les deux plaideurs, obsédés par leur dispute de propriété, perdent de vue l'essentiel : leur sécurité face à un prédateur naturel. Le chat incarne le juge corrompu qui profite des conflits d'autrui pour son propre bénéfice. La morale finale établit un parallèle politique explicite : les petites nations qui font appel aux grandes puissances pour régler leurs différends risquent d'y perdre leur indépendance, voire leur existence. La justice n'est souvent que l'expression du rapport de force.
Les personnages
- Le Lapin — Propriétaire légal invoquant l'héritage et la tradition, représente les faibles attachés à leurs droits
- La Belette — Usurpatrice rusée défendant le droit naturel du premier occupant, incarne l'opportunisme
- Grippeminaud/Raminagrobis — Juge hypocrite sous des dehors pieux, représente l'autorité corrompue et les grandes puissances
Figures de style
- Antiphrase : « le bon apôtre » — Qualifie ironiquement le chat qui s'apprête à tuer, soulignant son hypocrisie
- Métonymie : « Sa Majesté fourrée » — Désigne le chat par son pelage, évoquant la grandeur factice et l'animalité
- Euphémisme : « Mit les plaideurs d'accord » — Atténue la violence du meurtre par une expression juridique ironique
- Périphrase : « faire à l'Aurore sa cour » — Désigne poétiquement la sortie matinale du lapin dans la nature
- Gradation : « bien fourré, gros et gras » — Accumule les adjectifs pour souligner la prospérité suspecte du chat
Contexte historique
Écrite sous Louis XIV, cette fable reflète les tensions géopolitiques de l'époque où les petites principautés européennes faisaient appel à la France ou à l'Autriche pour régler leurs conflits, souvent au prix de leur indépendance. La Fontaine critique subtilement l'arbitraire royal et l'hypocrisie religieuse, thèmes sensibles mais masqués par l'apologue animalier. La référence aux 'petits souverains' évoque les réalités diplomatiques contemporaines.
À retenir
- Méfiance envers les juges qui ont intérêt dans l'affaire qu'ils tranchent
- Les querelles entre faibles profitent toujours aux puissants
- Critique de l'hypocrisie religieuse et de l'arbitraire judiciaire
- Allégorie politique sur les rapports de force internationaux