Analyse : Le Cerf et la Vigne

Résumé

Un cerf poursuivi par des chasseurs trouve refuge sous une vigne haute qui le cache et lui sauve la vie. Une fois les chasseurs partis, croyant leurs chiens en erreur, le cerf commet l'erreur fatale de brouter la vigne qui vient de le protéger. Le bruit qu'il fait en mangeant alerte les veneurs qui reviennent. Découvert, le cerf est rattrapé et tué au même endroit où il avait trouvé protection. Avant de mourir, il reconnaît avoir mérité son châtiment pour son ingratitude et met en garde contre ce défaut.

La morale

Cette fable dénonce l'ingratitude, vice particulièrement odieux qui consiste à nuire à ceux qui nous ont aidés. La Fontaine illustre que l'ingratitude mène à la perte de celui qui s'y abandonne. Le cerf, sauvé par la vigne, la détruit par égoïsme immédiat, causant ainsi sa propre mort. La leçon s'étend à tous ceux qui 'profanent l'asile qui les a conservés' : il faut respecter et protéger ce qui nous protège, qu'il s'agisse de personnes, d'institutions ou de lieux. L'ingratitude est présentée comme un défaut autodestructeur qui transforme la providence en malédiction par la faute de celui qui en bénéficie.

Les personnages

  • Le Cerf — L'ingrat qui détruit ce qui l'a sauvé, représente ceux qui oublient leurs bienfaiteurs
  • La Vigne — Le bienfaiteur généreux et protecteur, victime de l'ingratitude de celui qu'elle aide
  • Les Veneurs — La justice immanente qui punit l'ingratitude, le destin qui rattrape les fautes

Figures de style

  • Personnification : « sa bienfaitrice » — La vigne est présentée comme une personne bienveillante, rendant plus frappante l'ingratitude du cerf
  • Métaphore : « Vraie image de ceux qui profanent l'asile » — Le cerf devient symbole universel de l'ingratitude humaine
  • Ironie dramatique : « Il vient mourir en ce lieu même » — Le lieu du salut devient lieu de mort par la faute du cerf
  • Apostrophe : « Profitez-en, ingrats » — Le cerf s'adresse directement aux lecteurs ingrats dans une leçon morale directe
  • Périphrase : « La meute en fait curée » — Expression euphémique pour décrire la dévoration du cerf par les chiens

Contexte historique

Cette fable paraît dans le livre VI des Fables (1668-1694). La Fontaine puise dans la tradition ésopique tout en l'adaptant à la société de cour du XVIIe siècle. L'ingratitude était un défaut particulièrement condamné sous l'Ancien Régime où les relations de protection et de clientélisme structuraient la société. La fable reflète aussi les préoccupations morales du classicisme français qui prône les vertus de reconnaissance et de fidélité dans les rapports humains et sociaux.

À retenir

  • L'ingratitude est un vice autodestructeur qui se retourne contre celui qui la pratique
  • Il faut respecter et protéger ce qui nous protège, principe de réciprocité fondamental
  • La structure narrative montre une justice immanente : la faute entraîne automatiquement le châtiment
  • La fable s'élève de l'anecdote animale à une vérité universelle sur les rapports humains