Analyse : Le Bassa et le Marchand
Résumé
Un marchand grec sous la protection coûteuse d'un Bassa turc envisage de le quitter pour trois protecteurs moins puissants mais moins chers. Informé de cette trahison, le Bassa se rend chez le marchand avec assurance et lui raconte l'apologue du berger qui remplaça son gros chien protecteur par trois petits, plus économiques mais inefficaces contre les loups. Le marchand comprend la leçon et reste fidèle au Bassa. La Fontaine conclut qu'il vaut mieux dépendre d'un seul protecteur puissant que de plusieurs faibles.
La morale
La fable délivre une leçon politique pragmatique : il est préférable de s'en remettre à un seul protecteur puissant, même coûteux, plutôt qu'à plusieurs protecteurs faibles et bon marché. Cette morale s'adresse particulièrement aux « provinces », suggérant qu'une centralisation du pouvoir sous un roi fort vaut mieux qu'une fragmentation entre petits seigneurs. La Fontaine prône ici l'efficacité de la monarchie absolue face à la féodalité morcelée. Le coût élevé de la protection se justifie par sa qualité : mieux vaut payer cher pour une sécurité réelle que d'économiser au détriment de l'efficacité. Cette vision reflète l'idéologie politique de l'époque louisquatorzienne.
Les personnages
- Le Marchand grec — Représente les sujets ou provinces qui cherchent protection et hésitent entre différents pouvoirs
- Le Bassa — Incarne le protecteur puissant et coûteux, métaphore du roi ou de l'autorité centrale forte
- Les trois Turcs — Symbolisent les petits seigneurs ou pouvoirs locaux, moins chers mais moins efficaces
- Le Berger (dans l'apologue) — Représente celui qui fait le mauvais choix par économie mal comprise
- Le gros chien et les trois petits — Métaphore des différents types de protection : qualité contre quantité
Figures de style
- Métaphore filée : « L'analogie du berger, du chien et du troupeau » — Transpose la situation politique dans un cadre pastoral familier pour illustrer la morale
- Euphémisme : « « chargeant d'un message pour Mahomet » » — Désigne la mort de façon détournée et ironique pour éviter la brutalité du propos
- Ironie : « « tant c'est chère denrée qu'un protecteur » » — Souligne avec humour le coût exorbitant de la protection politique
- Comparaison : « « le Turc se comporta comme Alexandre » » — Évoque la grandeur d'âme et le courage du conquérant macédonien face au danger
- Périphrase : « « donneur de breuvage » » — Désigne un empoisonneur de manière élégante et détournée
Contexte historique
Cette fable s'inscrit dans le contexte de la monarchie absolue de Louis XIV où La Fontaine défend la centralisation du pouvoir royal face aux velléités d'indépendance des provinces et de la noblesse. L'Orient ottoman fournit un cadre exotique qui permet d'aborder des questions politiques sensibles. La référence aux « provinces » dans la morale évoque les tensions entre pouvoir central et pouvoirs locaux, thème majeur du XVIIe siècle français. Cette apologue politique reflète l'idéologie royale de l'époque.
À retenir
- Une fable politique qui justifie la monarchie absolue contre le morcellement féodal
- L'utilisation habile de l'apologue dans l'apologue pour convaincre par l'exemple
- La mise en scène orientale permet d'aborder des sujets politiques contemporains délicats
- La démonstration que l'efficacité prime sur l'économie en matière de protection politique