Analyse : La Souris métamorphosée en fille
Résumé
Un brahmane sauve une souris blessée et demande à un sorcier de la métamorphoser en belle jeune fille de quinze ans. Pour la marier, il interroge successivement le Soleil, un nuage, le vent et une montagne sur leur puissance respective. Chacun se déclare moins puissant que le suivant, jusqu'à ce que la montagne évoque le rat qui peut la percer. À ce mot, la jeune fille choisit immédiatement le rat comme époux, révélant sa nature profonde de souris.
La morale
La Fontaine démontre que la nature profonde de chaque être ne peut être changée, malgré les apparences extérieures. La jeune fille, bien qu'ayant reçu un corps humain parfait, conserve les instincts et les préférences de la souris qu'elle était originellement. Cette fable critique la théorie de la métempsycose en prouvant que l'âme et le corps sont indissociables. La morale fondamentale énonce qu'on ne peut échapper à son destin naturel : chaque être reste fidèle à sa véritable essence, quelles que soient les transformations subies. La magie et les artifices ne peuvent détourner personne de sa destinée établie par le Ciel.
Les personnages
- La souris/jeune fille — La nature immuable de l'être, l'instinct qui transcende l'apparence
- Le brahmane — La sagesse orientale et ses croyances, mais aussi l'illusion spirituelle
- Le sorcier — Le pouvoir magique limité face aux lois naturelles
- Le Soleil — La puissance apparente qui cache des faiblesses
- Le nuage, le vent, la montagne — La chaîne des pouvoirs relatifs dans la nature
- Le rat — L'attraction naturelle, le retour aux origines
Figures de style
- Métaphore : « aller puiser son âme en un trésor commun » — Compare l'origine des âmes à un réservoir unique, illustrant la théorie de la métempsycose
- Hyperbole : « le fils de Priam pour elle aurait tenté plus encore qu'il ne fit pour la grecque beauté » — Exagère la beauté de la jeune fille en la comparant favorablement à Hélène de Troie
- Personnification : « Ces coups qu'Amour fait » — Donne une volonté propre au sentiment amoureux, le rendant acteur de ses propres décisions
- Ironie : « Je ne l'eusse pas ramassée » — La Fontaine souligne avec ironie la différence entre les mentalités occidentale et orientale
- Antithèse : « L'une s'élève et l'autre rampe » — Oppose les comportements selon les corps habités par les âmes
Contexte historique
Écrite au XVIIe siècle, cette fable s'inspire du recueil indien du Panchatantra via Pilpay. La Fontaine s'intéresse aux philosophies orientales, notamment la métempsycose (transmigration des âmes) pratiquée par les brahmanes hindous et théorisée par Pythagore. Dans le contexte de la pensée cartésienne de son époque, La Fontaine questionne ces croyances exotiques tout en défendant une vision chrétienne du destin divin. La fable reflète la curiosité intellectuelle du Grand Siècle pour les sagesses étrangères.
À retenir
- La nature profonde de l'être humain ne peut être modifiée par des transformations extérieures
- Critique subtile de la métempsycose et défense d'une conception chrétienne du destin
- Utilisation d'un conte oriental pour illustrer une vérité universelle sur l'identité
- Démonstration par l'absurde : la chaîne des pouvoirs relatifs révèle la vanité des hiérarchies apparentes