Analyse : La Mort et le Mourant
Résumé
Cette fable met en scène un dialogue entre la Mort et un mourant centenaire qui se plaint de partir sans préparation. La Mort lui répond qu'elle l'a averti par les signes du vieillissement : perte des sens, disparition des proches, affaiblissement du corps. Le vieillard refuse d'accepter ces avertissements naturels. La Fontaine conclut par une réflexion philosophique : il faudrait accepter la mort comme la fin naturelle d'un banquet, avec reconnaissance. Paradoxalement, plus on ressemble aux morts, plus on refuse de mourir.
La morale
La fable enseigne l'acceptation sereine de la mortalité. La mort n'est jamais brutale car elle s'annonce par des signes que nous refusons de voir : vieillissement, maladies, disparition des proches. L'homme sage doit se préparer constamment à cette échéance inévitable plutôt que de s'illusionner sur l'éternité. La Fontaine prône une philosophie stoïcienne : accueillir la mort avec gratitude, comme on quitte un banquet après s'être rassasié. L'attachement excessif aux biens matériels et aux projets terrestres nous empêche de partir dignement. La véritable sagesse consiste à reconnaître les avertissements naturels et à se détacher progressivement du monde.
Les personnages
- La Mort — Représente la fatalité inéluctable mais aussi la sagesse. Elle incarne une force naturelle qui ne fait que révéler nos illusions sur l'immortalité.
- Le Mourant centenaire — Symbolise l'aveuglement humain face aux signes du temps. Malgré son grand âge, il refuse d'accepter sa condition mortelle et s'accroche aux préoccupations terrestres.
Figures de style
- Personnification : « La Mort ravit tout sans pudeur » — La mort est dotée de caractéristiques humaines (parole, impatience, raisonnement), ce qui permet le dialogue et rend le concept abstrait plus concret.
- Métaphore filée : « sortît de la vie ainsi que d'un banquet, Remerciant son hôte » — La vie est comparée à un repas festif dont on doit partir avec gratitude, transformant la mort en acte de politesse sociale.
- Ironie : « Tu te plains sans raison de mon impatience : Eh ! n'as-tu pas cent ans ? » — La Mort souligne l'absurdité de se plaindre de mourir à cent ans, révélant l'aveuglement du vieillard sur sa propre condition.
- Gradation : « Qu'on le partage en jours, en heures, en moments » — L'énumération décroissante souligne l'omniprésence de la mort à chaque instant de l'existence humaine.
Contexte historique
Écrite au XVIIe siècle, cette fable reflète la pensée classique française influencée par le stoïcisme antique et la méditation chrétienne sur la mort. L'époque de La Fontaine est marquée par une espérance de vie courte et une familiarité avec la mortalité. Les références à la grandeur, aux « enfants des rois » et à la république évoquent l'Ancien Régime. La fable s'inscrit dans la tradition philosophique de la « bonne mort », préparation spirituelle essentielle dans la culture chrétienne et humaniste.
À retenir
- La mort s'annonce constamment par des signes que nous refusons de voir
- La sagesse consiste à se préparer spirituellement à la mort plutôt qu'à l'ignorer
- L'attachement excessif aux biens matériels empêche une mort sereine
- Paradoxe humain : plus on vieillit, plus on s'accroche désespérément à la vie