Analyse : La Montagne qui accouche
Résumé
Cette fable raconte l'histoire d'une montagne qui pousse de terribles cris d'accouchement, faisant accourir une foule nombreuse qui s'attend à voir naître quelque chose d'extraordinaire, peut-être une cité plus grande que Paris. Mais au final, la montagne n'accouche que d'une minuscule souris. La Fontaine prolonge ensuite sa réflexion en évoquant ces auteurs prétentieux qui promettent des œuvres grandioses sur des sujets épiques comme la guerre des Titans, mais qui finalement ne produisent que du vent, c'est-à-dire des œuvres vides et décevantes.
La morale
La morale de cette fable dénonce l'écart entre les promesses grandioses et les réalisations effectives. La Fontaine critique particulièrement les créateurs qui annoncent des projets ambitieux avec grand fracas mais accouchent finalement d'œuvres médiocres ou insignifiantes. Cette leçon s'applique à tous les domaines : il vaut mieux promettre modestement et surprendre agréablement que de créer des attentes démesurées pour décevoir ensuite. La fable nous invite à la modestie dans nos annonces et à juger les gens sur leurs actes plutôt que sur leurs déclarations. Elle nous met également en garde contre notre propre tendance à nous laisser impressionner par les apparences et les effets d'annonce.
Les personnages
- La montagne — Représente les personnes qui font beaucoup de bruit pour peu de résultats, symbole de la prétention et des fausses promesses
- La souris — Incarne la médiocrité du résultat face à l'ampleur des attentes, contraste saisissant avec la grandeur annoncée
- La foule accourant — Symbolise le public crédule qui se laisse abuser par les effets d'annonce et les promesses spectaculaires
- L'auteur prétentieux — Représente tous les créateurs qui promettent des chefs-d'œuvre mais ne produisent que des œuvres vides
Figures de style
- Métaphore filée : « Une montagne en mal d'enfant / Elle accoucha d'une souris » — La métaphore de l'accouchement humanise la montagne et crée un parallèle saisissant entre l'effort et le résultat
- Hyperbole : « D'une cité plus grosse que Paris » — Exagération qui souligne l'ampleur des attentes du public face aux promesses grandioses
- Antithèse : « le récit est menteur / Et le sens est véritable » — Opposition qui distingue la fiction de la fable de la vérité morale qu'elle contient
- Périphrase : « le Maître du tonnerre » — Désigne Jupiter de manière noble et solennelle, renforçant l'aspect épique des prétentions littéraires
- Chute brutale : « Du vent. » — La brièveté de cette conclusion finale accentue la déception et le vide des œuvres prétentieuses
Contexte historique
Cette fable s'inspire d'Ésope et d'Horace, particulièrement de l'expression latine "Parturient montes, nascetur ridiculus mus". À l'époque de La Fontaine, le monde littéraire du XVIIe siècle était marqué par les querelles entre Anciens et Modernes, et par une certaine emphase dans les œuvres baroques. La Fontaine, partisan de la mesure classique, critique ici les excès de ses contemporains qui privilégient l'effet spectaculaire à la substance. Cette fable reflète l'esthétique classique prônant la simplicité et l'authenticité contre l'artifice et la grandiloquence.
À retenir
- Critique des promesses excessives face aux réalisations décevantes
- Dénonciation de la prétention littéraire et artistique de l'époque
- Éloge de la modestie et de l'authenticité contre l'emphase vide
- Mise en garde contre notre crédulité face aux effets d'annonce