Analyse : La Matrone d’Éphèse

Résumé

Une veuve d'Éphèse, réputée pour sa vertu et sa chasteté, décide de mourir de faim dans le tombeau de son époux avec sa servante fidèle. Un soldat gardant un pendu les découvre et parvient à les convaincre de manger. La veuve tombe amoureuse du garde et l'épouse rapidement. Quand des voleurs dérobent le pendu que surveillait le soldat, l'épouse propose de remplacer le corps volé par celui de son défunt mari pour sauver son nouvel amour de la condamnation à mort.

La morale

La Fontaine dénonce l'inconstance féminine et l'hypocrisie des vertus affichées. La morale révèle que les sentiments les plus nobles et les serments les plus sacrés peuvent céder face aux tentations terrestres. L'auteur critique particulièrement l'ostentation du deuil et la vanité des grandes déclarations. La formule finale 'Mieux vaut Goujat debout, qu'Empereur enterré' exprime un pragmatisme cynique : la vie présente vaut mieux que la fidélité aux morts. Cette fable met en garde contre l'excès de confiance en ses propres forces morales et invite à la méfiance envers les démonstrations publiques de vertu.

Les personnages

  • La Matrone d'Éphèse — Représente l'hypocrisie des vertus affichées et l'inconstance féminine selon La Fontaine
  • L'esclave/servante — Incarne la voix de la raison et du pragmatisme face aux passions excessives
  • Le soldat — Symbolise la séduction et les tentations du monde des vivants
  • Le mari défunt — Représente le passé révolu et l'illusion de la fidélité éternelle

Figures de style

  • Ironie : « C'était l'honneur du sexe : heureuse sa patrie » — La Fontaine présente ironiquement la réputation de vertu de la dame, préparant sa chute
  • Métaphore : « Le Dieu qui fait aimer prit son temps ; il tira / Deux traits de son carquois » — Cupidon est métaphorisé en archer, soulignant l'inévitabilité de l'amour
  • Antithèse : « Mieux vaut Goujat debout, qu'Empereur enterré » — Opposition entre la condition sociale et la vie/mort, privilégiant le pragmatisme
  • Hyperbole : « Une Dame en sagesse et vertus sans égale » — Exagération de la vertu initiale pour accentuer la chute morale

Contexte historique

Cette fable reprend un conte de Pétrone (Satiricon, Ier siècle). La Fontaine écrit au XVIIe siècle dans une société où la condition féminine est strictement codifiée. Les veuves doivent respecter un deuil rigoureux et la chasteté est une vertu cardinale. L'auteur s'inscrit dans la tradition misogyne de son époque tout en critiquant l'hypocrisie sociale. La référence à Éphèse évoque l'Antiquité grecque et donne une dimension universelle à cette satire des mœurs.

À retenir

  • Critique de l'hypocrisie et de l'inconstance humaine à travers le personnage féminin
  • Dénonciation de l'ostentation dans les sentiments et les vertus affichées publiquement
  • Pragmatisme cynique exprimé par la morale finale privilégiant la vie sur les principes
  • Héritage littéraire antique revisité avec l'humour et l'esprit critique de La Fontaine