Analyse : La Grenouille et le Rat

Résumé

Un rat prospère se promène près d'un marais quand une grenouille l'invite chez elle pour un festin. Pour l'aider à traverser l'eau, elle l'attache à sa patte avec un jonc. Mais la grenouille trahit sa promesse et tente de noyer le rat pour le dévorer. Pendant leur lutte, un milan survole la scène, aperçoit le rat qui se débat et fond sur lui, emportant du même coup la grenouille encore attachée. L'oiseau fait ainsi un double repas, chair et poisson.

La morale

La morale illustre parfaitement le dicton initial attribué à Merlin : celui qui croit tromper autrui se trompe souvent lui-même. La grenouille ourdit un plan machiavélique pour attirer et dévorer le rat, mais sa propre ruse devient son piège mortel. En attachant le rat à sa patte, elle crée le lien qui causera sa perte. Cette fable dénonce la perfidie et l'hypocrisie, montrant que les intentions malveillantes se retournent contre leur auteur. La justice immanente opère : la duplicité de la grenouille, qui viole « le droit des gens » et « la foi jurée », entraîne une punition immédiate et ironique.

Les personnages

  • Le Rat — La victime innocente et confiante, représentant ceux qui font confiance trop facilement
  • La Grenouille — La traîtrise et l'hypocrisie, incarnant les faux amis qui cachent leurs intentions malveillantes
  • Le Milan — La justice divine ou le destin qui punit les méchants, instrument involontaire de la morale

Figures de style

  • Périphrase : « la chose publique Aquatique » — Désigne avec ironie le gouvernement des animaux aquatiques, parodiant le langage politique noble
  • Métaphore : « gorge chaude et curée » — Vocabulaire de la chasse appliqué au repas de la grenouille, soulignant sa bestialité
  • Antithèse : « chair et poisson » — Opposition entre les deux types de proies du milan, créant un effet de symétrie ironique
  • Personnification : « Il atteste les Dieux » — Le rat invoque les divinités comme un humain, donnant une dimension tragique à sa situation

Contexte historique

Cette fable reflète l'art de La Fontaine dans les années 1670-1690, période de maturité de l'auteur sous Louis XIV. L'évocation du « droit des gens » fait référence au droit international naissant. La référence à Merlin l'Enchanteur montre l'influence de la tradition médiévale française. La morale sur la perfidie résonne avec les intrigues de cour de Versailles, où La Fontaine côtoie les grands du royaume et observe leurs manœuvres politiques.

À retenir

  • La ruse se retourne contre son inventeur : principe de justice poétique cher à La Fontaine
  • Critique de l'hypocrisie sociale à travers l'allégorie animale
  • Structure narrative parfaite : exposition, développement, chute ironique
  • Mélange des registres : familier ("notre bonne commère") et soutenu ("droit des gens")