Analyse : La Goutte et l’Araignée
Résumé
L'Enfer propose à deux de ses créatures, la Goutte et l'Araignée, de choisir entre les palais des riches et les taudis des pauvres. L'Araignée choisit les palais, la Goutte les cabanes. Mais l'Araignée voit constamment ses toiles détruites par les domestiques, tandis que la Goutte est guérie par le travail physique de son hôte pauvre. Elles décident d'échanger : l'Araignée prospère dans la cabane tranquille, la Goutte s'installe chez un prélat oisif où elle règne sans partage.
La morale
Cette fable illustre l'idée que chacun doit trouver sa place selon sa nature et les circonstances favorables à son épanouissement. La véritable sagesse consiste à reconnaître ses erreurs et à s'adapter. La Fontaine critique également les inégalités sociales : les riches, oisifs et entourés de médecins, sont plus vulnérables aux maladies, tandis que les pauvres, obligés de travailler, conservent paradoxalement une meilleure santé. L'auteur dénonce aussi l'incompétence médicale de l'époque qui aggrave les maux au lieu de les soigner. Le changement et l'adaptabilité sont présentés comme des vertus essentielles.
Les personnages
- L'Enfer — Le destin ou la providence malveillante qui distribue les maux
- La Goutte — Les maladies des riches, favorisées par l'oisiveté et les excès
- L'Araignée — Les parasites et nuisibles qui prolifèrent dans la pauvreté
- Le pauvre homme — La classe laborieuse, protégée par le travail physique
- Le prélat — Les privilégiés de l'Église, oisifs et vulnérables
- Les médecins — L'incompétence médicale qui aggrave les maux
Figures de style
- Personnification : « Quand l'Enfer eut produit la Goutte et l'Araignée » — L'Enfer, la Goutte et l'Araignée sont traités comme des personnages qui parlent et agissent
- Métonymie : « Jamais Hippocrate me somme » — Hippocrate désigne par métonymie l'ensemble des médecins et de la médecine
- Ironie : « Goutte bien tracassée / Est, dit-on, à demi pansée » — La formule ironique souligne le paradoxe que le travail soigne mieux que les médecins
- Allégorie : « L'ensemble de la fable » — Toute la fable constitue une allégorie sur l'adaptation sociale et la critique des inégalités
- Euphémisme : « le pauvre bestion » — Terme affectueux qui minimise la condition pitoyable de l'araignée
Contexte historique
Cette fable reflète la société d'Ancien Régime avec ses inégalités criantes entre riches oisifs et pauvres laborieux. La Fontaine critique la médecine de son époque, souvent inefficace et même nuisible, pratiquée notamment par les médecins de Molière. L'allusion aux prélats dénonce l'oisiveté du haut clergé. La goutte était effectivement considérée comme une maladie de riches, liée aux excès alimentaires, tandis que le travail physique était reconnu comme bénéfique pour la santé.
À retenir
- L'adaptation et la capacité à changer sont des vertus essentielles pour réussir
- Critique sociale : les riches oisifs sont plus vulnérables aux maladies que les pauvres actifs
- Satire de la médecine du XVIIe siècle, jugée incompétente et nuisible
- Chacun doit trouver l'environnement qui convient le mieux à sa nature