Analyse : La Fille
Résumé
Cette fable met en scène une jeune femme orgueilleuse qui cherche un mari parfait. Elle rejette successivement tous les prétendants de qualité, puis les hommes ordinaires, trouvant à chacun des défauts rédhibitoires. Convaincue de sa supériorité, elle se félicite de son célibat. Mais le temps passe, sa beauté se fane, les prétendants se raréfient. Face au vieillissement et à la solitude, elle révise ses exigences à la baisse et finit par épouser un homme grossier qu'elle aurait méprisé autrefois.
La morale
La Fontaine dénonce ici l'orgueil et la préciosité qui aveuglent sur la réalité. La jeune femme, victime de ses illusions, refuse les occasions qui s'offrent à elle en espérant mieux. Sa fierté excessive l'empêche de voir que la perfection n'existe pas et qu'il faut savoir faire des compromis. Le temps devient son ennemi : contrairement aux bâtiments que l'on peut restaurer, la beauté perdue ne se récupère pas. Cette fable illustre la vanité des exigences démesurées et rappelle que l'orgueil précède souvent la chute. Il faut savoir saisir les opportunités avant qu'elles ne disparaissent définitivement.
Les personnages
- La Fille — Représente l'orgueil, la vanité et les illusions de la jeunesse. Elle incarne aussi la préciosité de l'époque de La Fontaine.
- Le Destin — Personnifie les circonstances de la vie et les occasions qui se présentent naturellement.
- Les prétendants — Représentent les opportunités successives que l'on refuse par aveuglement.
- Le Temps — Allégorie de la fatalité et de l'usure inéluctable qui détruit les illusions.
Figures de style
- Personnification : « Le Destin se montra soigneux de la pourvoir » — Le destin devient un personnage bienveillant qui s'occupe activement du sort de la jeune femme.
- Métaphore : « Le Temps, cet insigne larron » — Le temps est comparé à un voleur qui dérobe sournoisement la beauté et la jeunesse.
- Ironie : « La belle se sut gré de tous ces sentiments » — La Fontaine souligne avec ironie la satisfaction naive de la jeune femme face à ses refus.
- Allégorie : « elle sent chaque jour / Déloger quelques Ris, quelques Jeux, puis l'Amour » — Les qualités de jeunesse sont personnifiées comme des locataires qui quittent progressivement le visage.
- Antithèse : « Les ruines d'une maison / Se peuvent réparer : que n'est cet avantage / Pour les ruines du visage ! » — Opposition entre la réparation possible des bâtiments et l'irréversibilité du vieillissement.
Contexte historique
Cette fable reflète la société du XVIIe siècle où le mariage était crucial pour les femmes. La Fontaine critique le mouvement précieux, courant littéraire et social qui prônait un raffinement excessif dans les relations amoureuses. Les précieuses, femmes de la haute société, affichaient des exigences démesurées en matière de galanterie. La fable dénonce cette affectation tout en rappelant les réalités sociales de l'époque où une femme non mariée risquait l'isolement et la pauvreté.
À retenir
- L'orgueil et les exigences excessives peuvent conduire à manquer les bonnes occasions
- Le temps est un facteur décisif qu'il ne faut pas négliger dans ses choix de vie
- La quête de la perfection est illusoire et peut mener à la déception
- Cette fable critique la préciosité et l'affectation de la société du XVIIe siècle