Analyse : L’Ours et les deux Compagnons
Résumé
Deux compagnons décident de vendre la peau d'un ours encore vivant à un fourreur, promettant de le tuer rapidement. Ils vantent les qualités exceptionnelles de cette peau et fixent un prix avantageux. Mais quand ils rencontrent réellement l'ours, la peur les saisit. L'un grimpe dans un arbre, l'autre fait le mort. L'ours examine le corps inanimé puis s'en va. Le compagnon dans l'arbre demande ce que l'ours lui a dit à l'oreille, et l'autre répond ironiquement qu'il lui a conseillé de ne jamais vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué.
La morale
La fable enseigne plusieurs leçons fondamentales. D'abord, il ne faut jamais compter sur des gains hypothétiques ou vendre ce qu'on ne possède pas encore. Les deux compagnons illustrent la cupidité qui pousse à des promesses irréalistes. Ensuite, la fable dénonce l'attitude de celui qui abandonne son partenaire dans le danger : le compagnon qui grimpe à l'arbre révèle son égoïsme et sa lâcheté. La morale principale, exprimée par la formule finale, est devenue proverbiale : il faut s'assurer de la réussite d'une entreprise avant d'en escompter les bénéfices. Cette sagesse populaire met en garde contre la présomption et l'imprudence dans les affaires comme dans la vie.
Les personnages
- Les deux compagnons — L'imprudence humaine et les fausses amitiés qui se révèlent dans l'adversité
- Le fourreur — La crédulité du commerce, celui qui fait confiance sans vérifier
- L'ours — La réalité brutale qui confronte les illusions humaines
- Dindenaut — Référence littéraire à la vanité et à l'orgueil démesuré
Figures de style
- Ironie : « Il m'a dit qu'il ne faut jamais vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis par terre » — La réponse finale transforme ironiquement une situation dramatique en leçon de sagesse populaire
- Hyperbole : « C'était le roi des Ours au compte de ces gens » — Exagération qui souligne l'aveuglement des compagnons sur la valeur de leur proie
- Comparaison : « plus froid que n'est un marbre » — Comparaison qui accentue l'immobilité parfaite du compagnon feignant la mort
- Métaphore : « frappés comme d'un coup de foudre » — La soudaineté et la violence de leur peur face à la réalité
- Prosopopée : « L'ours qui parle et raisonne » — Personnification de l'animal qui lui permet de porter la morale de l'histoire
Contexte historique
Cette fable s'inscrit dans le contexte économique du XVIIe siècle où le commerce des fourrures était florissant. La Fontaine utilise une situation commerciale familière à ses contemporains pour illustrer les dangers de la spéculation. La référence à Dindenaut, personnage de Rabelais, ancre le texte dans la tradition littéraire française. Cette fable reflète aussi l'essor du commerce et les pratiques parfois douteuses des marchands de l'époque, tout en véhiculant une sagesse populaire intemporelle sur la prudence en affaires.
À retenir
- Expression proverbiale : 'Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué' issue de cette fable
- Critique de l'amitié intéressée qui disparaît face au danger
- Dénonciation de la cupidité et de la spéculation hasardeuse
- Utilisation du merveilleux (l'ours qui parle) pour délivrer une morale pratique