Analyse : L’Ivrogne et sa Femme

Résumé

Un homme alcoolique dilapide sa santé et sa fortune. Sa femme, exaspérée, décide de lui donner une leçon choc : elle l'enferme ivre mort dans un tombeau avec un décor mortuaire. À son réveil, déguisée en furie des Enfers, elle lui fait croire qu'il est mort et damné. Elle se présente comme la cellérière de Satan venue nourrir les morts. Malgré cette mise en scène terrifiante censée le guérir de son vice, l'ivrogne demande immédiatement si elle apporte aussi à boire, révélant son addiction incurable.

La morale

La fable illustre l'irrésistible pouvoir des vices et la vanité des tentatives de correction. Malgré les efforts de sa femme et une mise en scène dramatique le confrontant aux conséquences ultimes de son alcoolisme, l'ivrogne reste prisonnier de sa dépendance. Sa première réaction, même face à la mort et à la damnation, est de réclamer de l'alcool. La Fontaine démontre ainsi que certains défauts sont si profondément ancrés qu'ils résistent à toute forme de raisonnement, de peur ou de honte. Cette fable met en garde contre l'illusion de pouvoir facilement changer autrui et souligne la nécessité de la volonté personnelle dans tout processus de transformation.

Les personnages

  • L'ivrogne — Représente l'esclavage des passions et l'aveuglement du vice qui résiste à toute forme de sagesse
  • La femme — Incarne la raison et les proches qui tentent vainement de sauver l'être aimé de ses démons
  • Alecton — Furie antique évoquée pour le déguisement, symbolise la vengeance et le châtiment divin
  • Bacchus — Dieu romain du vin, représente la tentation alcoolique et ses plaisirs trompeurs

Figures de style

  • Périphrase : « suppôt de Bacchus » — Désigne l'ivrogne par une expression imagée faisant référence au dieu du vin
  • Métonymie : « plein du jus de la treille » — Le vin est désigné par sa matière première, la vigne, créant un effet poétique
  • Métaphore : « avait laissé ses sens au fond d'une bouteille » — L'ivresse est présentée comme un abandon physique des facultés mentales
  • Euphémisme : « citoyen d'enfer » — Expression atténuée pour désigner un damné, créant un effet ironique
  • Hyperbole : « n'ont pas fait la moitié de leur course qu'ils sont au bout de leurs écus » — Exagération soulignant la rapidité avec laquelle les ivrognes dilapident leur fortune

Contexte historique

Cette fable s'inscrit dans la tradition moraliste du XVIIe siècle où La Fontaine explore les travers humains. L'alcoolisme était un fléau social majeur, touchant toutes les classes. Les références mythologiques (Bacchus, Alecton, Lucifer) témoignent de la culture classique de l'époque. La mise en scène macabre reflète la familiarité de cette société avec la mort. La fable illustre aussi la condition féminine : l'épouse, dépendante économiquement, ne peut que recourir à des stratagèmes pour tenter de sauver son foyer de la ruine.

À retenir

  • La force irrépressible des vices qui résistent aux tentatives extérieures de correction
  • L'échec des méthodes coercitives face aux dépendances profondément ancrées
  • La critique sociale de l'alcoolisme et de ses ravages familiaux et économiques
  • La leçon pessimiste sur la difficulté de changer la nature humaine par la contrainte