Analyse : L’Homme qui court après la Fortune et l’Homme qui l’attend dans son lit
Résumé
Deux amis aux tempéraments opposés illustrent deux attitudes face à la Fortune. L'un, agité et ambitieux, parcourt le monde entier - de la cour royale jusqu'au Japon en passant par l'Inde - pour chercher la richesse et le succès. L'autre reste paisiblement chez lui, se contentant de son sort. Après de longs voyages infructueux et dangereux, le premier revient épuisé dans son village natal où il découvre la Fortune installée chez son ami qui a simplement attendu en dormant.
La morale
La Fontaine délivre une leçon sur la vanité de l'ambition effrénée et l'éloge de la sagesse contemplative. La Fortune, personnifiée comme une femme capricieuse, ne se laisse pas conquérir par l'acharnement mais vient d'elle-même vers ceux qui savent attendre sereinement. Le fabuliste critique l'agitation stérile de son époque et prône le contentement de soi. Cette morale s'inscrit dans la tradition épicurienne qui valorise l'ataraxie (absence de troubles) et rejette les passions destructrices. La vraie richesse réside dans la paix intérieure et l'acceptation de sa condition plutôt que dans la poursuite effrénée des honneurs.
Les personnages
- L'homme qui court — Représente l'ambition destructrice, l'agitation moderne et l'illusion que l'effort forcené mène au succès
- L'homme qui attend — Incarne la sagesse épicurienne, la patience et la philosophie du contentement de soi
- La Fortune — Déesse capricieuse symbolisant le hasard, personnifiée comme une femme volage qui échappe à ceux qui la poursuivent
Figures de style
- Allégorie : « La Fortune comme 'fille du Sort' et 'volage fantôme' » — Personnification complexe qui donne une dimension mythologique au hasard
- Métaphore : « 'Fidèles courtisans d'un volage fantôme' » — Compare les chercheurs de fortune à des courtisans dupés par une illusion
- Antithèse : « Opposition entre 'courir après' et 'attendre dans son lit' » — Structure toute la fable sur le contraste entre agitation et repos
- Ironie : « 'Cet homme était planteur de choux ; Et le voilà devenu pape !' » — Souligne l'absurdité apparente des élévations sociales dues au hasard
- Énumération : « 'des pirates, des vents, du calme et des rochers' » — Accumule les dangers pour dramatiser l'inutilité du voyage
Contexte historique
Cette fable reflète la société de cour du XVIIe siècle où La Fontaine observe l'agitation des courtisans. L'époque voit se développer le commerce maritime vers l'Orient (Mogol, Japon mentionnés), mais aussi une réflexion philosophique sur le bonheur inspirée de l'Antiquité. La référence à Surate (comptoir français en Inde) ancre le récit dans l'actualité coloniale. La Fontaine critique subtilement l'ambition sociale de son temps tout en puisant dans la sagesse épicurienne et stoïcienne.
À retenir
- La Fortune favorise ceux qui ne la poursuivent pas avec acharnement
- Le contentement de soi vaut mieux que l'ambition destructrice
- La sagesse consiste à accepter sa condition plutôt qu'à courir le monde
- La fable critique l'agitation stérile de la société de cour du XVIIe siècle