Analyse : L’Enfouisseur et son Compère
Résumé
Un avare ayant amassé une grande fortune ne sait où cacher son argent par peur de le dépenser. Il demande l'aide d'un compère pour enfouir son trésor. Ce dernier profite de la confiance accordée pour voler l'or. L'avare, soupçonnant le vol, annonce vouloir ajouter d'autres deniers au trésor. Le voleur remet alors l'argent en place, espérant tout reprendre ensuite. Mais l'avare récupère tout son bien, gardant désormais sa fortune chez lui pour en jouir.
La morale
La fable délivre une double leçon. D'abord, elle critique l'avarice excessive qui pousse à thésauriser sans jamais profiter de ses biens. L'argent n'a de valeur que s'il peut être utilisé pour améliorer la vie. Ensuite, elle montre que la ruse peut se retourner contre celui qui l'emploie. Le compère voleur est victime de sa propre cupidité et de la stratégie plus fine de l'avare. La morale explicite 'Il n'est pas malaisé de tromper un trompeur' souligne que celui qui cherche à duper autrui s'expose à être dupé à son tour par plus malin que lui.
Les personnages
- L'enfouisseur — L'avare pathologique qui préfère enterrer sa richesse plutôt que d'en jouir, représentant l'accumulation stérile
- Le compère — L'opportuniste et le voleur qui abuse de la confiance, incarnant la malhonnêteté et la cupidité
Figures de style
- Métaphore : « Moi-même de mon bien je serai le larron » — Assimile la jouissance de ses biens à un vol contre soi-même, révélant l'absurdité de l'avarice
- Personnification : « L'avarice, compagne et sœur de l'ignorance » — Donne vie au vice de l'avarice en en faisant une personne liée à l'ignorance
- Antithèse : « Le bien n'est bien qu'en tant que l'on s'en peut défaire ; Sans cela c'est un mal » — Oppose la notion de bien et de mal pour révéler le paradoxe de la richesse non utilisée
- Ironie : « le pauvre voleur » — Qualifie ironiquement de 'pauvre' celui qui vient de se faire voler l'argent qu'il avait lui-même dérobé
Contexte historique
Cette fable reflète les préoccupations économiques du XVIIe siècle où l'accumulation d'or était courante faute de système bancaire développé. L'enfouissement était une pratique réelle mais risquée. La Fontaine critique ici les comportements économiques irrationnels de son époque, prônant un usage modéré des richesses. La morale s'inscrit dans l'esprit classique de mesure et de bon sens, valeurs chères à la bourgeoisie montante qui commence à privilégier l'investissement et la circulation des biens.
À retenir
- La richesse n'a de sens que si elle améliore la qualité de vie
- L'avarice excessive conduit à des comportements irrationnels et dangereux
- La ruse peut se retourner contre celui qui l'emploie
- La confiance aveugle expose aux tromperies et aux vols