Analyse : L’Eléphant, et le Singe de Jupiter
Résumé
L'Éléphant et le Rhinocéros s'apprêtent à se battre pour déterminer leur rang hiérarchique. L'Éléphant aperçoit Gille, le singe messager de Jupiter, et croit que les dieux s'intéressent à leur conflit. Plein d'orgueil, il expose fièrement sa querelle au singe. Mais Gille révèle qu'il ignore tout de cette dispute et vient simplement partager un brin d'herbe entre des fourmis. Il explique que les dieux traitent avec la même attention les petites et grandes créatures, humiliant ainsi l'Éléphant présomptueux.
La morale
Cette fable dénonce la vanité et l'orgueil des puissants qui se croient au centre de l'univers. L'Éléphant incarne ces personnages importants qui pensent que leurs conflits passionnent le monde entier. La leçon est double : d'abord, l'humilité face à l'ordre cosmique où notre importance est relative ; ensuite, l'égalité fondamentale de tous les êtres devant l'absolu. La Fontaine critique subtilement les grands de son époque qui surestiment leurs querelles politiques. L'ironie finale révèle que les vraies préoccupations divines concernent les plus humbles créatures, inversant totalement la hiérarchie terrestre presumée.
Les personnages
- L'Éléphant — Les puissants vaniteux qui se croient au centre des préoccupations universelles
- Le Rhinocéros — Rival dans la course au pouvoir, représente les conflits de préséance
- Gille (le Singe de Jupiter) — Messager divin qui révèle la perspective céleste et remet l'orgueil terrestre à sa place
- Les fourmis — Les humbles créatures qui méritent autant d'attention divine que les grands
Figures de style
- Ironie : « "Vraiment je suis ravi d'en apprendre le nom" » — Le singe feint poliment la joie alors qu'il exprime son indifférence totale
- Antithèse : « "Les petits et les grands sont égaux à leurs yeux" » — Opposition entre petits et grands pour souligner l'égalité divine
- Métonymie : « "nos vastes lambris" » — Les lambris désignent par extension le palais céleste de Jupiter
- Personnification : « "Éléphantide a guerre avecque Rhinocère" » — Les territoires des animaux sont présentés comme des nations en guerre
- Hyperbole : « "Sa Grandeur", "son Excellence" » — Titres pompeux qui soulignent la vanité excessive de l'Éléphant
Contexte historique
Cette fable reflète la société de cour du XVIIe siècle où les questions de préséance et d'étiquette obsèdent la noblesse. La Fontaine, témoin des querelles de rang à Versailles, critique ces conflits dérisoires qui passionnent les puissants. L'allusion aux "vastes lambris" évoque directement les fastes royaux. Le fabuliste adopte une perspective philosophique inspirée du stoïcisme, relativisant l'importance des grandeurs humaines face à l'ordre cosmique, thème cher à son époque marquée par les réflexions morales.
À retenir
- Critique de la vanité des puissants qui surestiment l'importance de leurs conflits
- Relativité de la grandeur humaine dans l'ordre universel
- Égalité fondamentale de tous les êtres devant l'absolu divin
- Satire des mœurs de cour et des querelles de préséance au XVIIe siècle