Analyse : L’Avare qui a perdu son trésor

Résumé

Un avare enterre son trésor et passe ses journées à y penser obsessionnellement sans jamais l'utiliser. Un fossoyeur remarque ses allées et venues répétées et dérobe l'or. Quand l'avare découvre le vol, il se lamente bruyamment. Un passant l'interroge et apprend qu'il ne touchait jamais à son argent. Le passant lui fait alors remarquer ironiquement qu'une simple pierre remplacerait parfaitement ce trésor inutilisé, révélant l'absurdité de son comportement.

La morale

La Fontaine dénonce l'avarice stérile à travers cette fable. La véritable richesse réside dans l'usage qu'on fait de ses biens, non dans leur simple possession. L'avare, prisonnier de son obsession, transforme sa fortune en fardeau plutôt qu'en source de bien-être. Il vit paradoxalement dans la pauvreté malgré sa richesse, car il s'interdit tout plaisir. La comparaison finale avec une pierre souligne cruellement que des biens inutilisés n'ont aucune valeur pratique. Cette critique vise les bourgeois enrichis du XVIIe siècle qui thésaurisent sans jouir de leur fortune.

Les personnages

  • L'avare — Représente l'avarice pathologique et l'obsession de la possession stérile
  • Le fossoyeur — Incarnation de l'opportunisme et de la ruse populaire face à la sottise bourgeoise
  • Le passant — La sagesse populaire et le bon sens qui révèlent l'absurdité par l'ironie
  • Diogène — Philosophe cynique représentant la sagesse du dépouillement volontaire

Figures de style

  • Antithèse : « Ne possédait pas l'or, mais l'or le possédait » — Opposition saisissante qui révèle l'inversion des rapports de domination entre l'homme et l'argent
  • Métaphore : « ne trouva que le nid » — Le trou vide est comparé à un nid abandonné, soulignant la désolation et le vide
  • Ironie : « Mettez une pierre à la place, Elle vous vaudra tout autant » — Conclusion mordante qui démontre par l'absurde l'inutilité du trésor non utilisé
  • Personnification : « rendre sa chevance à lui-même sacrée » — L'argent devient objet de vénération religieuse, dénonçant l'idolâtrie de l'avarice
  • Accumulation : « il gémit, il soupire. Il se tourmente, il se déchire » — Série d'actions qui amplifie le désespoir grotesque de l'avare dépossédé

Contexte historique

Cette fable s'inscrit dans la France du XVIIe siècle où l'enrichissement de la bourgeoisie marchande suscite des débats moraux. La Fontaine, influencé par la philosophie antique et la tradition ésopique, critique les nouveaux riches qui accumulent sans jouir. L'époque baroque privilégie la mesure et dénonce les excès. La référence à Diogène ancre le propos dans la sagesse antique, opposant dépouillement philosophique et avarice bourgeoise.

À retenir

  • L'usage seul donne valeur aux biens possédés
  • L'avarice transforme la richesse en prison mentale
  • La sagesse populaire démasque les contradictions bourgeoises par l'ironie
  • La possession obsessionnelle conduit à un appauvrissement existentiel paradoxal