Analyse : L’Araignée et l’Hirondelle
Résumé
Une araignée se plaint à Jupiter que l'hirondelle Progné vole les mouches qu'elle capture dans sa toile. L'araignée, ancienne tapissière transformée en tisseuse, revendique la propriété de ces proies. Mais l'hirondelle continue de nourrir ses petits affamés sans se soucier des protestations. Finalement, l'oiseau emporte l'araignée elle-même avec sa toile. La Fontaine conclut que Jupiter a établi deux tables : une pour les forts et habiles, une autre pour les faibles qui se contentent des restes.
La morale
Cette fable illustre la loi du plus fort dans la nature et la société. L'araignée croit posséder un droit sur les mouches qu'elle piège, mais face à un prédateur supérieur, ses revendications deviennent dérisoires. La métaphore des « deux tables » révèle une vision pessimiste mais réaliste : les puissants s'approprient les meilleures parts tandis que les faibles survivent avec les miettes. La Fontaine dénonce l'illusion de justice dans un monde régi par la force. L'adresse à Jupiter souligne l'ironie : même les dieux semblent cautionner cette hiérarchie naturelle où l'intelligence, la vigilance et la force déterminent le rang social.
Les personnages
- L'Araignée — Le petit artisan qui croit à ses droits mais reste vulnérable face aux puissants
- L'Hirondelle (Progné) — Le prédateur naturel, métaphore des classes dominantes qui s'approprient les ressources
- Jupiter — L'autorité divine indifférente, qui cautionne l'ordre établi basé sur la force
Figures de style
- Référence mythologique : « Ô Jupiter, qui sus de ton cerveau... Tirer Pallas » — Évoque la naissance d'Athéna pour donner une dimension épique au discours de l'araignée
- Métaphore : « Jupin pour chaque état mit deux tables au monde » — Compare la hiérarchie sociale à un banquet où chacun mange selon son rang
- Personnification : « d'un discours insolent, Se plaignait l'Araignée » — Donne une voix humaine à l'animal pour critiquer les comportements sociaux
- Ironie : « Miennes je puis les dire » — Souligne l'absurdité de revendiquer la propriété dans le règne animal
- Périphrase : « La soeur de Philomèle » — Désigne l'hirondelle par une référence mythologique élégante
Contexte historique
Cette fable reflète la société hiérarchisée du Grand Siècle où La Fontaine évolue. À la cour de Louis XIV, les rapports de force déterminent les privilèges et l'accès aux ressources. L'auteur observe avec lucidité cette réalité sociale où les petits artisans et bourgeois restent à la merci des grands. Les références mythologiques correspondent au goût classique de l'époque, mais servent aussi à universaliser le propos sur l'injustice sociale.
À retenir
- La loi du plus fort régit les rapports sociaux malgré les illusions de justice
- Les références mythologiques élèvent le débat du particulier à l'universel
- La métaphore des deux tables dénonce la hiérarchisation sociale acceptée
- L'ironie de La Fontaine révèle la vanité des revendications face à la force brute