Analyse : L’Âne et ses Maîtres
Résumé
Un âne se plaint au Destin de devoir se lever tôt pour porter des légumes au marché. Le Sort lui accorde un nouveau maître, un corroyeur, mais l'âne souffre de l'odeur des peaux et regrette son ancien maître qui lui donnait parfois des choux. Il demande encore un changement et devient l'âne d'un charbonnier, ce qui provoque une nouvelle plainte. Exaspéré, le Sort lui fait remarquer que personne n'est jamais satisfait de sa condition.
La morale
La Fontaine dénonce l'insatisfaction chronique des hommes qui croient toujours que leur situation actuelle est la pire. Cette tendance universelle à se plaindre et à idéaliser ce qu'on a perdu révèle notre incapacité à apprécier ce que nous possédons. Le fabuliste critique également notre propension à solliciter sans cesse les autorités supérieures (Dieu, le pouvoir) pour changer notre condition, sans réaliser que le bonheur dépend davantage de notre attitude que de nos circonstances. La fable suggère qu'il vaut mieux accepter sa situation et en tirer le meilleur parti plutôt que de se lamenter perpétuellement.
Les personnages
- L'âne — Représente l'humanité dans son insatisfaction perpétuelle et sa tendance à idéaliser le passé
- Le Destin/Le Sort — Personnifie la Providence divine, exaspérée par les demandes incessantes des hommes
- Les trois maîtres — Symbolisent les différentes conditions sociales et professionnelles que l'homme peut connaître
Figures de style
- Personnification : « Le Sort, de sa plainte touché » — Le Destin est présenté comme un personnage capable d'émotions et de décisions
- Métaphore : « l'animal de somme » — L'âne représente métaphoriquement la condition humaine laborieuse
- Ironie : « Belle nécessité d'interrompre mon somme ! » — L'âne critique avec sarcasme la nécessité de travailler
- Gradation : « Les trois changements successifs de maître » — Chaque nouvelle situation aggrave paradoxalement le mécontentement de l'âne
Contexte historique
Cette fable reflète la société d'Ancien Régime où La Fontaine observe les courtisans et bourgeois se plaindre constamment de leur sort. L'époque de Louis XIV voit une hiérarchisation stricte de la société, où chacun aspire à une condition supérieure. Le fabuliste, témoin des intrigues versaillaises et des sollicitations permanentes auprès du roi, transpose cette réalité sociale dans l'univers animalier pour critiquer l'insatisfaction généralisée de ses contemporains sans risquer la censure.
À retenir
- L'insatisfaction humaine est universelle et cyclique : nous idéalisons toujours ce que nous avons perdu
- La critique sociale se fait par l'allégorie animale pour éviter la censure du pouvoir royal
- La morale prône l'acceptation de sa condition plutôt que la plainte perpétuelle
- Le style mêle récit plaisant et leçon philosophique selon l'art classique de plaire et instruire