Analyse : Du Thésauriseur et du Singe
Résumé
Un homme avare accumule des pièces d'or dans sa demeure isolée, passant son temps à compter obsessionnellement son trésor. Son singe domestique, que La Fontaine surnomme dom Bertrand, s'amuse régulièrement à jeter des pièces par la fenêtre dans la mer, perturbant ainsi les calculs de son maître. L'animal aurait vidé entièrement le trésor si l'avare n'était pas rentré à temps. La Fontaine conclut ironiquement en souhaitant que Dieu préserve les financiers qui ne font pas meilleur usage de leur argent que ce singe destructeur.
La morale
La Fontaine dénonce l'avarice stérile et critique l'accumulation improductive de richesses. L'argent thésaurisé, qui ne circule pas et ne sert à rien, devient aussi inutile que celui jeté à la mer par le singe. Le fabuliste suggère que l'avare et l'animal sont également déraisonnables : l'un accumule par obsession maladive, l'autre détruit par instinct. Cette fable vise particulièrement les financiers de l'époque qui spéculent et accumulent sans créer de valeur réelle pour la société. La morale implicite prône un usage raisonnable et productif de l'argent, ni thésaurisation excessive ni gaspillage insensé.
Les personnages
- L'Homme thésauriseur — Représente l'avarice pathologique et l'accumulation stérile de richesses, critique des financiers de l'époque
- Dom Bertrand (le Singe) — Incarnation de l'instinct destructeur mais aussi miroir ironique de l'absurdité de l'avarice humaine
Figures de style
- Périphrase : « un lieu dont Amphitrite / Défendait aux voleurs de toutes parts l'abord » — Désigne poétiquement une île en évoquant la déesse de la mer, créant une image noble et mythologique
- Accumulation : « À compter, calculer, supputer sans relâche, / Calculant, supputant, comptant » — La répétition et l'accumulation de verbes synonymes soulignent l'obsession maladive de l'avare
- Ironie : « Un gros Singe plus sage, à mon sens, que son maître » — La Fontaine feint de considérer le singe destructeur comme plus sage, créant un effet comique et critique
- Métonymie : « Ces morceaux de métal, qui se font souhaiter / Par les humains sur toute chose » — Les pièces d'or sont réduites à leur matériau brut, dénonçant l'attachement irrationnel à l'argent
- Antithèse : « Quand ces biens sont oisifs, je tiens qu'ils sont frivoles » — Opposition entre la valeur supposée des biens et leur inutilité réelle quand ils ne servent pas
Contexte historique
Cette fable reflète les critiques sociales du XVIIe siècle contre les financiers et banquiers qui s'enrichissaient pendant que le royaume s'endettait. L'époque de Louis XIV voit l'émergence d'une bourgeoisie financière souvent décriée. La Fontaine, proche de Fouquet, connaît bien ces milieux. L'avarice est un vice traditionnel dans la littérature morale, mais ici elle prend une dimension économique moderne : la critique porte sur l'argent improductif, thème qui annonce les réflexions économiques des Lumières.
À retenir
- Critique de l'avarice pathologique et de l'accumulation stérile de richesses
- Satire des financiers et spéculateurs de l'époque de Louis XIV
- Parallèle ironique entre la destruction instinctive du singe et l'obsession humaine
- Plaidoyer implicite pour un usage raisonnable et productif de l'argent