Analyse : Contre ceux qui ont le goût difficile
Résumé
La Fontaine défend sa poésie face aux critiques exigeants. Il commence par reconnaître humblement ses limites, puis présente son travail : donner la parole aux animaux et à la nature. Anticipant les reproches, il imagine un critique qui dénigre ses 'contes d'enfant'. Pour le satisfaire, il propose alors trois styles différents : épique avec l'épisode du cheval de Troie, pastoral avec une bergerie, puis un style plus simple. Mais à chaque tentative, le censeur trouve de nouveaux défauts, démontrant l'impossibilité de satisfaire des critiques perpétuellement insatisfaits.
La morale
La Fontaine dénonce l'attitude des critiques hypercritiques qui, par principe, trouvent toujours à redire sans jamais proposer de solution constructive. Il illustre l'impossibilité de satisfaire ceux qui changent constamment leurs exigences : quand on répond à une critique, ils en formulent immédiatement une autre. Cette fable constitue une défense du genre fabulistique face au mépris des doctes qui le considèrent comme mineur. La Fontaine revendique la légitimité artistique de ses apologues et dénonce l'attitude stérile de censeurs qui paralysent la création. La morale finale suggère que les délicats, trop difficiles, se privent eux-mêmes de plaisirs simples et authentiques par leur exigence excessive.
Les personnages
- Le fabuliste (La Fontaine) — L'artiste sincère cherchant à créer malgré les critiques
- Le critique/censeur — L'intellectuel hypercritique qui paralyse la création artistique
- Calliope — La muse de la poésie épique, inspiration divine
- Ésope — Le maître de la fable antique, légitimité du genre
- Les délicats — Les gens au goût trop raffiné qui se privent de plaisirs simples
Figures de style
- Prosopopée : « J'ai fait parler le Loup, et répondre l'Agneau » — Attribution de la parole aux animaux, essence même de la fable
- Ironie : « Vraiment, me diront nos Critiques, Vous parlez magnifiquement De cinq ou six contes d'enfant » — Moquerie des critiques qui dénigrent les fables en les réduisant à des historiettes
- Gradation : « Style épique, pastoral puis simple » — Progression descendante des registres pour montrer l'insatisfaction constante du critique
- Apostrophe : « Maudit Censeur, te tairas-tu ? » — Interpellation directe exprimant l'exaspération face aux critiques incessantes
- Métaphore : « chéri du Parnasse » — Le mont des Muses représente l'inspiration poétique et la reconnaissance artistique
Contexte historique
Écrite au XVIIe siècle, cette fable reflète les débats esthétiques de l'époque classique. La hiérarchie des genres place l'épopée au sommet et relègue la fable au rang mineur. La Fontaine subit les critiques des doctes qui jugent indigne d'un poète de s'abaisser aux apologues. Il défend la valeur artistique de ses fables face au mépris de l'élite intellectuelle. Cette œuvre témoigne des tensions entre tradition littéraire savante et renouvellement créatif, caractéristiques de son époque.
À retenir
- Défense du genre fabulistique contre le mépris des critiques doctes
- Dénonciation de l'hypercritique stérile qui paralyse la création artistique
- Illustration de l'impossibilité de satisfaire des censeurs perpétuellement insatisfaits
- Revendication de la légitimité artistique des 'contes d'enfant' face à la hiérarchie des genres classiques