Analyse : Conseil tenu par les Rats

Résumé

Dans cette fable, un chat redoutable nommé Rodilardus terrorise les rats au point qu'ils n'osent plus sortir de leurs trous. Profitant de son absence, les rats tiennent conseil pour trouver une solution. Leur doyen propose d'attacher un grelot au cou du chat pour être prévenus de son approche. Tous approuvent cette idée brillante, mais quand vient le moment de l'exécuter, chacun refuse d'accomplir cette mission périlleuse. L'assemblée se sépare sans rien faire. La Fontaine compare cette situation aux assemblées humaines qui délibèrent beaucoup mais n'agissent jamais.

La morale

La morale de cette fable dénonce l'écart entre les belles paroles et l'action concrète. Il est facile de proposer des solutions théoriques brillantes, mais l'exécution demande du courage et des sacrifices que peu sont prêts à consentir. La Fontaine critique les assemblées politiques et religieuses de son époque qui multiplient les débats stériles sans jamais passer à l'acte. Cette satire reste d'une actualité saisissante : combien de réunions, de conseils, de commissions proposent des mesures que personne ne veut finalement mettre en œuvre ? La fable révèle la lâcheté collective qui se cache derrière les grands discours et souligne que la vraie difficulté n'est pas de concevoir des idées, mais de les réaliser.

Les personnages

  • Rodilardus — Le tyran, le pouvoir oppresseur qui maintient ses sujets dans la terreur par sa seule présence
  • Le Doyen des rats — L'intellectuel qui propose des solutions théoriques sans considérer leur faisabilité pratique
  • Les rats — Le peuple opprimé qui critique mais refuse de prendre des risques pour changer sa situation

Figures de style

  • Métaphore : « Rodilard passait [...] Non pour un Chat, mais pour un Diable » — Le chat devient l'incarnation du mal absolu, amplifiant sa dimension terrifiante
  • Euphémisme : « il en avait mis dedans la sépulture » — Expression adoucie pour dire que le chat a tué et dévoré de nombreux rats
  • Ironie : « Chapitres, non de Rats, mais Chapitres de Moines, Voire Chapitres de Chanoines » — La Fontaine se moque des assemblées religieuses en les comparant aux rats impuissants
  • Antithèse : « Ne faut-il que délibérer ? / Est-il besoin d'exécuter ? » — Opposition entre la facilité de parler et la difficulté d'agir qui constitue le cœur de la morale
  • Périphrase : « la gent misérable » — Désigne les rats de manière solennelle, créant un effet comique par le décalage de registre

Contexte historique

Cette fable reflète les critiques de La Fontaine envers les institutions de l'Ancien Régime. Écrite sous Louis XIV, elle vise les nombreux conseils, assemblées du clergé et parlements qui multipliaient les délibérations sans efficacité. L'auteur dénonce l'inefficacité des corps constitués de son époque, paralysés par les intérêts particuliers. La référence aux "Chapitres de Moines" et "Chanoines" cible directement les assemblées ecclésiastiques, connues pour leurs débats interminables. Cette satire politique masquée était un moyen habile de critiquer le pouvoir sans s'exposer à la censure royale.

À retenir

  • La différence fondamentale entre théorie et pratique : il est facile de concevoir des idées, difficile de les réaliser
  • Critique des assemblées délibératives qui parlent beaucoup mais n'agissent jamais par manque de courage collectif
  • Satire politique et religieuse masquée visant les institutions inefficaces de l'Ancien Régime
  • Leçon intemporelle sur la lâcheté humaine face aux actions courageuses nécessaires au changement